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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401454

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401454

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Eure du 4 mars 2024 lui refusant le séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation, l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, l'erreur de droit, la méconnaissance des articles L. 423-7, L. 423-8 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, et un mémoire, enregistré le 2 août 2024, M. C A, représenté par Me Leprince, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé le droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ; subsidiairement, dans l'hypothèse où seul un moyen d'illégalité externe serait retenu, de lui enjoindre de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour valable six mois, dans l'attente du réexamen de sa situation, qui devra intervenir dans un délai d'un mois, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, subsidiairement, à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public, ayant été condamné pour des seuls faits délictueux pour des faits datant de plus de sept ans ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions et stipulations ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et dans l'utilisation du pouvoir souverain d'appréciation du préfet ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, est ainsi entachée également d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces stipulations.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige ;

- le code de justice administrative.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 30 juillet 2024.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de Me Madeline pour M. A.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 16 février 1983, serait entré sur le territoire français le 1er octobre 2012 sous couvert d'un titre de séjour italien. Il a sollicité son admission au séjour auprès des services de la préfecture de l'Eure le 1er septembre 2021, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 4 mars 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Eure a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 30 juillet 2024, après l'introduction de sa requête. Il ne peut en outre être regardé comme ayant formulé auparavant, dans sa requête, une telle demande auprès du tribunal. Dans ces conditions, l'intéressé ne peut solliciter l'aide juridictionnelle en vertu des dispositions précitées. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Pour justifier la décision litigieuse, le préfet de la Seine-Maritime fait valoir que M. A a été condamné par le tribunal de grande instance de Valenciennes à 200 euros d'amende dont 100 euros avec sursis pour conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule sans assurance et, par un jugement du tribunal correctionnel d'Evreux du 18 août 2018 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, avec usage ou menace d'arme et en état d'ivresse et sur des faits qui ont été classés sans suite. Toutefois, ces circonstances sont insuffisantes pour considérer que M. A représente une menace à l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Si le jugement en assistance éducative du 15 mars 2024 ordonnant le renouvellement du placement de la fille du requérant, née le 26 février 2019, placée depuis le 3 septembre 2021, relève un environnement familial marqué par des alcoolisations des parents ainsi que des violences intrafamiliales, les éléments ainsi relatés ne sont pas suffisamment précis pour en imputer la responsabilité au requérant. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour au motif que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour du 4 mars 2024 doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Au vu du seul motif susceptible de justifier cette annulation, le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre de séjour mais seulement de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 mars 2024 du préfet de l'Eure est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale territorialement compétente de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Leprince, et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

J. COTRAUD

La présidente-rapporteure,

C. VAN MUYLDERLe greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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