vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401467 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 15 avril 2024, M. B A, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. A soutient que :
* l'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* l'interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 25 mars 2024 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55 % ;
- l'ordonnance du 14 mai 2024 fixant la clôture de l'instruction au 3 juin 2024 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Berradia, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, serait entré irrégulièrement en France le 1er avril 2017 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 15 mars 2018 et son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 novembre 2018. Par un arrêté du 19 décembre 2018, la préfète de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal du 31 janvier 2019. Le 22 juillet 2020, il a été interpellé et a fait l'objet d'un arrêté du même jour du préfet de police l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Le 10 août 2021, il a été de nouveau interpellé et obligé de quitter le territoire français sans délai par le préfet de la Seine-Maritime qui a, de plus, fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. La légalité de cet arrêté n'a pas été remise en cause par le jugement du tribunal du 29 septembre 2021. Le 15 novembre 2023, il aurait sollicité l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 10 août 2021 et demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 9 janvier 2024 attaqué, le préfet de de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée de deux ans.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
3. La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français de M. A a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, étant suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des motifs de l'arrêté en litige, que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant d'édicter l'acte attaqué.
5. En dernier lieu, si M. A se prévaut de son état de santé, il ne produit à l'instance aucun élément de nature à établir qu'il serait effectivement atteint d'une ou plusieurs pathologies. Si l'intéressé se prévaut également de son insertion professionnelle et démontre notamment qu'il travaille en vertu d'un contrat à durée indéterminée pour la société Hopte 2 S en qualité de vaisselier et d'aide-cuisinier depuis le 1er février 2022, cette insertion attestée par la production de son contrat de travail et de bulletins de salaire, est récente. De plus, le requérant ne démontre aucune insertion sociale en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans au moins et où résident sa concubine et son fils. Enfin, sa durée de présence sur le territoire national résulte de son refus d'obtempérer à trois précédentes mesures d'éloignement légalement prononcées à son encontre en 2018, 2020 et 2021, la dernière étant assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
6. Si M. A soutient qu'il serait menacé de mort en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément relatif aux craintes dont il entendrait se prévaloir. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 15 mars 2018 puis par la CNDA le 12 novembre 2018. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ne sont, pour les motifs énoncés aux points 2 à 5, pas fondés. Par suite, l'exception d'illégalité de cette mesure d'éloignement soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français nonobstant les trois précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Compte tenu de sa situation familiale analysée au point 5 et alors même qu'il n'a pas commis d'infraction pénale et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant cette interdiction pour la durée de deux ans.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
Le président- rapporteur,
Signé :
P. MINNE
L'assesseure la plus ancienne,
Signé :
H. JEANMOUGINLe greffier,
Signé :
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401467
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026