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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401478

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401478

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, M. F A, représenté par Me Nadejda Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Nadejda Bidault en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Bidault au versement de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2024 et le 3 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 17 mai 2024, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Derbali, pour M. A ;

- les observations de M. A, assisté de M. E, interprète en bengali (par téléphone).

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 10 janvier 1977 à Munshiganj, déclare être entré irrégulièrement en France le 14 février 2023. Le 15 mars 2023, il a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 24 août 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), décision confirmée par une ordonnance du 22 février 2024 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 27 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions:

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n°24-015 du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime le 22 mars 2024, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau du droit d'asile par intérim à l'effet notamment de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A soutient qu'il est entré en France en 2023, qu'il a tout mis en œuvre pour s'intégrer, qu'il est pris en charge par le Carrefour des solidarités et qu'il ne dispose plus de liens avec son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est marié et père de deux enfants et que l'ensemble de sa cellule familiale ne réside pas en France. En outre, il n'établit pas être dépourvu de tous liens dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans. Enfin, il ne démontre pas être socialement ou professionnellement intégré en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision en litige, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que la demande d'asile du requérant a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA mais également qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires aux stipulations de la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation de son pays de renvoi serait illégale pour être fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. A soutient qu'il craint pour sa vie en raison des agressions et menaces dont il aurait été victime du fait de son appartenance à la minorité hindoue mais également en raison d'un mandat d'arrêt le visant. Toutefois, il ne produit aucune pièce de nature à établir suffisamment la réalité des agressions et menaces dont il aurait été victime. De plus, la seule production d'éléments d'une enquête sur une affaire de détention d'arme et d'un mandat d'arrêt ne saurait établir qu'il sera soumis à des traitements inhumains et dégradant en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 24 août 2023 de l'OFPRA, décision ayant été confirmée le 22 février 2024 par la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : M. F A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

La magistrate désignée,

A. CLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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