mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, M. B D, représenté par Me Antoine Mary, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de maintenir son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;
3°) de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire contestée ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de demande d'asile et ce dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
M. D soutient que :
' La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé de ses droits en matière d'asile lorsqu'il a formulé sa demande ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine préalable du médecin de zone de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'examen de son droit au séjour ;
- est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision incluant la Géorgie dans la liste des pays d'origine sûrs ;
- méconnaît les points 25 in fine et les article 24, 29 et 46 de la directive 2013/32/UE ;
- méconnaît l'article 33 de la convention de Genève, ainsi que les articles 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreurs de droit tirées de l'automaticité de la décision et de l'erreur sur l'étendue du pouvoir du préfet ;
- est entachée d'erreur de droit tirée de l'étendue de la protection internationale, ainsi que d'une erreur d'appréciation des risques encourus en cas de retour dans son pays ;
- méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
' La décision fixant le pays de destination :
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable ;
- est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- est entachée d'erreurs de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
' La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
' La suspension de la mesure d'éloignement est justifiée dès lors qu'il dispose de moyen de forme et de fond sérieux de nature à justifier son maintien au séjour durant l'examen du recours par la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 17 mai 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Vercoustre pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1.M. D, ressortissant géorgien né le 5 mai 1965 à Zaqatala, ville aujourd'hui située en E, a déclaré être entré en France le 20 octobre 2023. Le 27 octobre 2023, il a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 19 janvier 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). Le requérant a introduit, le 1er mars 2023, un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) contre cette décision. Par un arrêté du 27 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur " le refus de maintien du droit au séjour " :
3. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
3. M. D demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime aurait refusé de maintenir son droit au séjour. Toutefois, l'arrêté litigieux ne comporte pas une telle décision dans son dispositif et se borne à indiquer dans ses motifs que le droit de maintenir sur le territoire français du requérant a pris fin avec la décision de rejet de l'OFPRA du 19 janvier 2024. Par suite, les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation d'une décision, qui n'existe pas, de refus de maintien de son droit au séjour, à l'appui desquelles l'intéressé n'a d'ailleurs soulevé aucun moyen, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur les moyens communs aux décisions contestées :
5. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'un tel moyen de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas non plus utilement soutenu par le requérant, que la procédure administrative en cause aurait pu aboutir à un résultat différent s'il avait été mis en mesure de formuler ses observations sur l'éventualité du prononcé des mesures contenues dans l'arrêté en litige. De plus, il appartenait à M. D, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'imposait pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur chacune des décisions. Ainsi, la circonstance que M. D n'ait pas été invité à formuler des observations avant l'édiction des différentes décisions contenues dans l'arrêté critiqué ne permet pas de considérer qu'il aurait été privé de son droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu tel que garanti par le principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.
7. En second lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation administrative, les caractéristiques de sa vie privée et familiale, indique qu'il n'établit pas qu'il peut être soumis à la torture ou à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine et que alors même que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'il ne fasse pas l'objet d'une interdiction de retour. L'arrêté est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu remettre, le 27 octobre 2023, le guide du demandeur d'asile en langue géorgienne, qu'il a déclaré lire et comprendre, lequel mentionne la possibilité de demander l'admission au séjour à un autre titre que l'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait méconnu son obligation d'information sur ce point doit, en tout état de cause, être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit.". Aux termes de l'article L425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ()
La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".
10. M. D soutient que le préfet devait solliciter un avis du médecin compétent de l'OFII préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Toutefois, d'une part, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Seine-Maritime disposait, avant de prendre la décision en litige, d'éléments sur l'état de santé du requérant. D'autre part, si le requérant soutient qu'il souffre de plusieurs pathologies, il ne produit à l'instance aucune pièce de nature à établir que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont il ne pourrait pas effectivement bénéficier dans son pays d'origine. Par suite le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû saisir pour avis le collège de médecins de l'OFII préalablement à l'édiction de la décision litigieuse doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen de la situation de l'intéressé et n'ait, en particulier, procédé à une vérification de son droit au séjour. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
12. En quatrième lieu, la décision par laquelle un préfet oblige un étranger à quitter le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile n'est pas prise pour l'application de la décision du conseil d'administration de l'OFPRA fixant la liste des pays d'origine sûrs, en application de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision ne constitue pas davantage la base légale de la mesure d'éloignement prononcée par le préfet de la Seine-Maritime. Par suite, M. D ne peut utilement invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision par laquelle le conseil d'administration de l'OFPRA a placé la Géorgie sur la liste des pays d'origine sûrs au soutien de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
13. En cinquième lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qui a fait l'objet d'une transposition complète en droit interne.
14. En sixième lieu, M. D, dont la qualité de réfugié n'a pas été reconnue, ne peut utilement soutenir que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet constitue un refoulement au sens de l'article 33 de la convention du 28 juillet 1951, ni qu'elle méconnaît les stipulations des articles 18 et 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.
15. En septième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, pour contester l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français avant que la CNDA ne statue sur son recours, d'une méconnaissance de son droit à un procès équitable garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que ces stipulations ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou des obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale. En outre, les ressortissants étrangers issus d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, s'ils ne bénéficient pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour ait statué sur leur recours, peuvent contester l'obligation de quitter le territoire français prise à leur encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur leur recours.
16. Par ailleurs, le droit à un recours effectif tel que protégé notamment par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas que les étrangers dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée puissent se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de leur recours devant la CNDA et ce alors qu'ils peuvent se faire représenter devant cette juridiction. Le moyen tiré de ce que l'administration en ne permettant pas au requérant de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA statue sur son recours l'aurait privé d'un droit au recours effectif doit donc être écarté. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté pour les mêmes motifs.
17. En huitième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet de la Seine-Maritime n'ait pas exercé son pouvoir propre d'appréciation avant de prendre sa décision et se soit cru en situation de compétence liée eu égard à la décision de l'OFPRA. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
18. En neuvième lieu, aucun texte ni aucun principe n'attribue une compétence au préfet pour examiner les conditions d'octroi du statut de réfugié et de la protection subsidiaire prévues par les articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le requérant doit être regardé comme invoquant. Par suite, M. D ne saurait utilement soutenir que l'autorité administrative aurait commis, d'une part, une erreur de droit en ne motivant sa décision qu'au regard de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans référence aux articles précités et, d'autre part, une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions. Par suite, ce moyen doit être écarté.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
20. M. D soutient qu'il souffre de plusieurs pathologies qui nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, il ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité de ses allégations. En outre, il est constant que le requérant est célibataire et sans enfant à charge. Il ne démontre pas non plus être socialement et professionnellement intégré en France, pays dans lequel son entrée est récente. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 58 ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
21. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
22. En deuxième lieu, il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
23. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
24. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 17 et 18, les branches du moyen tirés de l'erreur de droit en raison de l'automaticité de la décision et de l'étendue du pouvoir du préfet, ainsi que de l'erreur de droit tiré de l'étendue de la protection internationale doivent être écartés.
25. D'autre part, si le requérant allègue craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, eu égard aux persécutions, au harcèlement et à l'ostracisation qu'il a subis, il ne produit aucun élément actuel et circonstancié de nature à établir qu'il serait effectivement exposé à des menaces ou à des traitements inhumains au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Géorgie, d'autant moins que les risques allégués émaneraient de son pays de naissance E. Par suite, le moyen de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
26. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
27. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L 612-8 () ".
28. D'une part, il ne ressort pas de la décision litigieuse que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en situation de compétence liée pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français.
29. D'autre part, il est constant que la durée de présence en France du requérant n'est que de cinq mois à la date de la décision attaquée et qu'il ne dispose d'aucun lien avec la France. Dès lors, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-10 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, bien que M. D ne représente pas une menace pour l'ordre public et ne se soit soustrait à aucune décision d'éloignement, que le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à trois mois.
30. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
31. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du code précité : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Enfin, aux termes de l'article L 752-11 : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
32. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office.
33. D'une part, pour solliciter la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement, M. D invoque la méconnaissance du point 29 et des articles 24 et 37 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, et fait valoir qu'il est privé du bénéfice d'un recours effectif, dès lors que sa demande d'asile a été traitée en procédure accélérée et que l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée le privera de la possibilité de s'exprimer devant la CNDA. Aucun de ces arguments n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la régularité ou le bien-fondé de la décision de l'OFPRA.
34. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 25, les éléments de fond avancés par le requérant ne sont pas suffisamment probants pour créer un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet opposée par l'OFPRA. Par suite, les éléments soutenus par le requérant ne permettent pas de justifier la suspension, dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
35. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de suspension présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : M. B D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Antoine Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La magistrate désignée,
A. CLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026