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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401490

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401490

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 avril 2024 et 19 avril 2024, M. D B, représenté par Me Elastrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par un signataire incompétent ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle a été prise par un signataire incompétent ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Seine-Maritime n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé des pièces au dossier le 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,

- les observations de Me Labelle, substituant Me Elatrassi, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'état de santé et de la vie privée et familiale de l'intéressé et que la décision portant assignation à résidence est entachée d'erreur de fait dès lors que M. B produit à l'instance un passeport et méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucun diligence n'a été mise ne œuvre pour éloigner l'intéressé ;

- les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue russe.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant arménien né le 20 septembre 1980, déclare être entré sur le territoire français le 25 décembre 2016. Il s'est maintenu sur le territoire français. M. B a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français le 7 avril 2021 et le 8 septembre 2023. Par deux arrêtés du 15 avril 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. B le retour sur le territoire français pendant la durée de trois mois et a ordonné son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme E C qui disposait, en qualité d'adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-046 du 22 mars 2024, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration de préfet de la Seine-Maritime, de son adjointe et de la cheffe du bureau de l'éloignement. Rien n'indique que le directeur, son adjointe et la cheffe du bureau n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et précise notamment que par l'intéressé a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, sa nationalité et la présence de son épouse et de leurs enfants en France. Elle présente ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision, qui mentionne la situation professionnelle et personnelle de M. B et notamment la présence de son épouse et de ses enfants, aurait été prise sans que soit réalisé au préalable un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "

6. Si M. B se prévaut de sa situation familiale ainsi que de son état de santé, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que la présence en France de sa famille et que ses douleurs thoraciques, constitueraient des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Maritime a tenu compte, pour fixer à trois mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, de l'entrée de l'intéressé en France sous couvert d'un visa court séjour tchèque en 2016, des mesures d'éloignement prises à son encontre, de la circonstance qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et de la présence en France de son épouse et de ses enfants. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Ainsi que cela a été dit précédemment, le requérant ne justifie pas que des circonstances humanitaires s'opposeraient à ce qu'il fasse l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, si M. B fait état notamment de la scolarisation de ses enfants et de la présence de son épouse sur le territoire français ainsi que d'une promesse d'embauche, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2021 et 2023, que son épouse est en situation irrégulière et que le requérant ne fait pas état d'une activité professionnelle stable et établie. Il n'est pas démontré que la cellule familiale de l'intéressé ne pourrait se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de la durée d'interdiction de retour sur le territoire français fixée à 3 mois, la décision litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième lieu, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à son insertion professionnelle et la présence de sa famille en France, le moyen tiré de ce que la décision fixant à trois mois l'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la décision portant assignation à résidence :

13. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 2.

14. En deuxième lieu, la décision en litige vise notamment le 1° l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique notamment l'absence de présentation d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français, l'adresse déclarée par M. B et la nécessité de démarches, notamment consulaires, pour organiser l'exécution de la mesure d'éloignement. Elle est présente donc les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision aurait été prise sans que soit réalisé au préalable un examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

16. En quatrième lieu, il est constant que la mesure d'assignation à résidence prise à l'encontre de M. B est notamment fondée sur les circonstances que l'intéressé ne présente aucun document de voyage en cours de validité et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Si l'intéressé fait valoir qu'il dispose d'un passeport en cours de validité qu'il a produit à l'instance et que ce passeport a été pris en compte dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour en 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait produit son passeport lors de son interpellation. En tout état de cause, à supposer que l'intéressé ait présenté son passeport, le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision s'il s'était exclusivement fondé sur le motif tiré de ce que l'éloignement de M. B demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

17. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

18. Il est constant que l'arrêté litigieux a été adopté en vue d'exécuter une obligation de quitter le territoire français exécutoire. M. B n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'absence de caractère raisonnable de la perspective d'éloignement ou la preuve qu'il peut quitter immédiatement le territoire français alors en outre que l'intéressé verse à l'instance une copie intégrale de son passeport en cours de validité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

19. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

20. En septième lieu, rien n'indique que l'éloignement d'office de M. B ne pourrait pas avoir lieu à brève échéance et l'intéressé a été assigné à l'adresse à laquelle il déclare résider avec sa famille. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français dans un délai de trois mois dont il fait l'objet, ni de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

B. ESNOL La greffière,

Signé

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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