lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime demande d'ordonner l'expulsion immédiate de M. C B, occupant d'un local au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par l'association France Terre d'Asile à Rouen.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge des référés ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Après avoir régulièrement convoqué à une audience publique :
- le préfet de la Seine-Maritime ;
- et M. B.
Au cours de l'audience publique du 6 mai 2024 à 9 h 19, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations de M. B, qui évoque les conditions dans lesquelles il est en cours d'appareillage pour recouvrer l'usage des doigts de sa main droite ; précise que son handicap, dans l'attente de la mise au point d'une main artificielle très élaborée, s'oppose à ce qu'il soit à la rue ; affirme avoir effectué des démarches auprès de diverses associations et administrations en vue d'une solution alternative d'hébergement ; sollicite un délai pour poursuivre ces démarches.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. " Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "
2. M. B, ressortissant malien, serait entré en France en mai 2022 et a bénéficié, à compter du 4 août 2022, d'un hébergement au sein du CADA de Rouen géré par l'association France terre d'Asile. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 30 novembre 2023 notifiée le 13 décembre 2023. Par un arrêté du 20 décembre 2023, la demande d'admission au séjour de l'intéressé fondée sur son état de santé a été rejetée. La circonstance que cette mesure de police, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, fasse l'objet d'un recours juridictionnel encore pendant est sans incidence sur le droit de M. B, qui a perdu la qualité de demandeur d'asile, à demeurer dans un CADA dédié à l'accueil de personnes sollicitant une protection internationale. Par un courrier du 21 février 2024, notifié le 26 février suivant, le préfet de la Seine-Maritime l'a vainement mis en demeure de quitter le local. Le droit de M. B d'être hébergé a pris fin depuis le rejet définitif de sa demande d'asile et il n'a pas déféré à la mise en demeure de le quitter dans le délai qui lui était imparti.
3. Les besoins d'accueil des demandeurs d'asile et le nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile sont justifiés de façon suffisamment précise par les données actualisées à la fin du mois de mars 2024 versées au dossier, qui font état d'une situation de tension élevée quant aux places disponibles dans les diverses structures d'accueil des demandeurs d'asile, surtout en Seine-Maritime, compte tenu des disponibilités du dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile ainsi que du taux de présence indue dans les structures d'accueil. Ces données produites par l'autorité administrative ne peuvent être regardées comme sérieusement contestées par l'intéressé. Aucune circonstance exceptionnelle n'est, en l'espèce, de nature à ôter à la demande d'expulsion du CADA son caractère d'urgence et d'utilité et qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
4. Toutefois, si la libération des lieux en cause par M. B présente un caractère d'urgence et d'utilité qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu, pour lui permettre de faire valoir leur droit à un hébergement d'urgence ou de donner suite à la solution de retour dans le pays d'origine qui lui a été proposée, d'accorder un délai d'un mois avant la mise à exécution d'office de cette mesure.
5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander d'enjoindre à M. B d'évacuer le logement qu'il occupe sans droit ni titre dans le local du CADA géré par l'association France Terre d'Asile à Rouen.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B ainsi qu'à tous occupants de son chef, de libérer les lieux qu'il occupe au sein du CADA géré par l'association France Terre d'Asile à Rouen situé 53, route de Lyons.
Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé, passé le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, à procéder, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de M. B.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. C B.
Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Rouen, le 6 mai 2024.
Le juge des référés,
signé
P. A
Le greffier,
signé
N. BOULAYLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
N°2401503
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