samedi 20 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401507 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. D B, représenté par Me Mary, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification jugement à intervenir et de lui délivrer, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnait le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit de l'intéressé à faire valoir ses observations
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnait les stipulations de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle a été prise en méconnaissance du principe général de droit de l'Union européenne relatifs aux droits de la défense et au droit de présenter des observations préalables avant toute décision administrative défavorable ;
- elle dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français prises à son encontre ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,
- les observations de Me Vercoustre, substituant Me Mary représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que les décisions attaquées sont entachées de disproportion compte tenu de la vie privée et familiale de M. B qui est père d'un enfant né le 16 février 2024 ;
- les observations de M. B.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant libérien né le 5 mai 1993, déclare être entré sur le territoire français en 2018. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Cet arrêté a été confirmé par le tribunal administratif de Rouen par un jugement n°2304421 du 16 février 2024. Par deux arrêtés du 16 avril 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. B le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français
3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
4. Il est constant que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 17 août 2023. Par un jugement n°2304421 du 16 février 2024, le tribunal a rejeté les conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté qui est ainsi devenu définitif. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est devenu père d'un enfant né en France le 16 février 2024 de son union avec Mme A. Si M. B et Mme A ne résident pas ensemble à la date de la décision attaquée, le requérant le justifie par une difficulté à obtenir un logement commun et produit une attestation faisant état d'une prise en charge commune de la famille par une association et de ce que M. B participe à l'entretien et à l'éducation de son jeune enfant. Ces éléments ont été corroborés par les propos circonstanciés de M. B à l'audience relatifs à sa relation avec sa compagne et avec son enfant. En outre, si Mme A ne fait pas état d'un séjour régulier en France à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'elle est également mère de deux autres enfants, nés d'une précédente union avec un ressortissant étranger titulaire d'une carte de résident. Dans ces conditions, compte tenu de l'âge de l'enfant du requérant ainsi que de la relation qu'il entretient avec la mère de son enfant et alors que la cellule familiale ne peut, dans ces circonstances, pas se reconstituer dans le pays d'origine, le préfet de la Seine-Maritime a porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur la décision portant assignation à résidence :
6. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme E C qui disposait, en qualité d'adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-046 du 22 mars 2024, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, de son adjointe et de la cheffe du bureau de l'éloignement. Rien n'indique que le directeur, son adjointe et la cheffe du bureau n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, d'une part, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, l'ensemble des décisions susceptibles d'être prises alors, d'autre part, qu'une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu une première fois le 7 février 2024 et une seconde fois le 15 avril 2024 préalablement à l'édiction de l'assignation à résidence. Lors de ces auditions, la situation et le droit au séjour de M. B ont été abordés. Il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. B aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter des observations qui auraient été de nature à ce que la procédure administrative aboutisse à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, si M. B soutient que l'assignation à résidence est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français puisque M. B peut se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 16 février 2024 n°2304421, le tribunal a rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 août 2023. L'assignation a résidence est fondée sur une obligation de quitter le territoire français exécutoire et ainsi devenue définitive. En tout état de cause, en l'état du dossier, il n'est pas établi que M. B pourrait se voir délivrer un titre de séjour de plein droit au regard de sa vie privée et familiale.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 17 août 2023, soit il y a moins de trois ans à la date de son assignation à résidence. Eu égard à ce qui a été dit au point 9 et dès lors que M. B ne fait état d'aucun document de voyage, l'intéressé n'apporte pas d'élément de nature à remettre en cause le motif de la décision attaquée selon lequel l'éloignement de M. B demeure une perspective raisonnable. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écarté.
12. En cinquième lieu, rien n'indique que l'éloignement d'office de M. B ne pourrait pas avoir lieu à brève échéance. En outre, l'intéressé a été assigné à l'adresse à laquelle il déclare résider. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et la disproportion doit donc être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant assignation à résidence.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 16 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an. Cette annulation implique nécessairement, en application des dispositions de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le présent jugement n'implique aucune autre mesure d'exécution, ni à ce qu'il soit besoin d'ordonner une astreinte.
15. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B pour une durée d'un an est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
B. ESNOL La greffière,
Signé :
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026