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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401511

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401511

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 et 20 avril 2024, M. A B, assisté de sa curatrice, l'UDAF27, et représenté par Me Madeline, demande au tribunal :

1) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail pour la durée de ce réexamen, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat le versement, d'une part, à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et d'autre part de la même somme à son profit.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière faute de saisine préalable du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle procède d'une mauvaise exécution du jugement du tribunal de céans du 10 novembre 2023 ;

- elle a été prise sans un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle repose sur une obligation de quitter le territoire français sans délai elle-même illégale ;

- elle a été prise sans un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête ; il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code civil,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 29 avril 2024 à 10h30, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Leprince, avocate du requérant, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ; elle précise que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales est également dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi ;

- et les observations de M. B.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, ressortissant marocain né le 19 janvier 1978, est entré en France le 22 août 1983, alors qu'il était âgé de cinq ans. A sa majorité, l'intéressé s'est vu délivrer une carte de résident, renouvelée sans interruption, la dernière étant valable jusqu'au 15 octobre 2023. En raison de plusieurs condamnations pénales dont a fait l'objet l'intéressé, le préfet de l'Eure a retiré la carte de résident de M. B par un arrêté du 3 août 2021 et, par un arrêté du 30 mai 2023, le préfet de l'Eure a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par un jugement du 10 novembre 2023, le tribunal administratif de Rouen a annulé l'obligation de quitter le territoire français, prise en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur, enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la situation de l'intéressé et rejeté les autres conclusions de M. B.

2. Dans le cadre du réexamen ordonné par ce jugement, le préfet de l'Eure a pris le 12 avril 2024 à l'encontre de M. B un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande à titre principal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique prévoit que " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

5. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour.

7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier recommandé du 20 février 2024, le préfet de l'Eure a informé M. B qu'il envisageait de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français et l'a invité à présenter ses observations. Contrairement à ce qu'allègue le requérant, il ressort de ce courrier qu'il a été adressé à sa curatrice, l'UDAF 27, qui l'a réceptionné le 26 février suivant, de sorte qu'en tout état de cause, sa curatrice a elle été mise à même de l'assister dans le cadre de cette procédure contradictoire. D'ailleurs, M. B a présenté des observations par l'intermédiaire de son conseil dès le lendemain. Par suite, le requérant ayant été mis à même de présenter utilement des observations, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure sur ce point doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

9. Toutefois, l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration a supprimé les protections contre l'éloignement prévues à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment celle du 9° dudit article qui prévoyait que ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Dès lors, le premier alinéa de l'article R. 611-1 dudit code, qui contient des dispositions réglementaires d'application d'une disposition législative désormais abrogée et non remplacée, est sans objet. Ainsi, la branche du moyen tiré de leur méconnaissance est, par elle-même, inopérante.

10. En outre si, ainsi qu'il sera précisé infra, l'autorité administrative est tenue lorsqu'elle prononce une mesure d'éloignement de tenir compte de l'état de santé de l'étranger et de s'assurer que la mesure n'entraînera pas des traitements inhumains et dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, ces stipulations ne peuvent être regardées comme impliquant nécessairement que l'autorité administrative soit tenue, à peine d'irrégularité de la procédure, de recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

11. En troisième lieu, s'il n'appartient pas au tribunal, dans le cadre de la présente instance, de connaître d'un éventuel litige relatif à l'exécution du jugement du 10 novembre 2023, dont la contestation relève de la procédure spécifique prévue au livre IX du code de justice administrative, il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative a procédé à un examen complet de la situation administrative, personnelle et familiale de la situation du requérant avant d'édicter la mesure d'éloignement en litige.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne peut utilement être invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel M. B doit être éloigné.

13. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, reprises à l'identique par les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

14. A cet égard, ainsi que l'a rappelé à plusieurs reprises la Cour européenne des droits de l'Homme (voir notamment CEDH, 18 octobre 2006, affaire 46410/99), d'après un principe de droit international bien établi, les Etats ont le droit, sans préjudice des engagements découlant pour eux de traités, de contrôler l'entrée des non-nationaux sur leur sol. La Convention ne garantit pas le droit pour un étranger d'entrer ou de résider dans un pays particulier, et, lorsqu'ils assument leur mission de maintien de l'ordre public, les Etats contractants ont la faculté d'expulser un étranger délinquant. Toutefois, leurs décisions en la matière, dans la mesure où elles porteraient atteinte à un droit protégé par le paragraphe 1 de l'article 8, doivent être conformes à la loi et nécessaires dans une société démocratique, c'est-à-dire justifiées par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnées au but légitime poursuivi.

15. S'agissant, comme c'est le cas de M. B, d'un étranger installé depuis de nombreuses années sur le territoire français, il revient au juge national d'apprécier la nature et la gravité de l'infraction commise par le requérant, la durée du séjour de l'intéressé dans le pays dont il doit être expulsé, le laps de temps qui s'est écoulé depuis l'infraction, et la conduite du requérant pendant cette période, la nationalité des diverses personnes concernées et la situation familiale du requérant (même décision).

16. M. B justifie d'une présence exceptionnellement longue sur le territoire français, où il a vécu la quasi-intégralité de son existence et où réside sa mère, titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, M. B est célibataire et sans charges de famille, l'allégation exposée uniquement lors de l'audience selon laquelle il aurait des enfants non reconnus n'étant assortie d'aucune précision. Sa mère est de nationalité marocaine, de sorte qu'en l'état des éléments soumis au tribunal rien ne s'oppose à ce que celle-ci retourne, le cas échéant, dans le pays dont ils ont la nationalité, alors en outre que la nature du titre de séjour dont elle est titulaire n'est pas spécifiée. Le requérant n'établit pas le décès allégué de son père, de sorte qu'il ne peut être tenu pour établi qu'il serait dépourvu de toute attache en cas d'éloignement vers le Maroc. Surtout, ces liens doivent être mis en balance avec les quarante-deux mentions figurant au casier judiciaire de M. B, condamné à de multiples reprises entre 1996 et mars 2023, pour des faits notamment de violences, vols aggravés, rébellion, outrage, dégradation, tentative d'évasion, violence sur ascendant, violence sur mineur de quinze ans, recel, contrefaçon de chèque ou encore usage illicite de produits stupéfiants. Si comme le soutient M. B ces condamnations ne sont sans doute pas étrangères à la pathologie psychiatrique dont il souffre et pour laquelle il bénéficie d'un suivi médical et d'une allocation adulte handicapé, il demeure que sa présence constitue une menace permanente et d'une intensité non négligeable à l'ordre public. Enfin, si M. B a exposé lors de l'audience publique un projet d'insertion par le travail, il ne justifie d'aucune insertion personnelle ou professionnelle particulière en dépit de sa durée de présence. Par suite, compte-tenu de la constance de son parcours délinquant et de la nature et de l'intensité de ses liens familiaux, le préfet de l'Eure a pu sans porter au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale ni commettre une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle de son destinataire, prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

17. Le premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que par dérogation, " l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

18. Compte-tenu de la menace à l'ordre public que constitue le comportement de M. B, tel qu'il a été exposé au point 16 du présent jugement, le préfet de l'Eure a pu sans méconnaître les dispositions précitées refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

19. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Selon une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'Homme, rappelée notamment par sa décision de grande chambre Savran c/ Danemark n°57467/15 du 7 décembre 2021, points 121 et suivants, qu'est susceptible de méconnîitre les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales une mesure d'éloignement d'une personne gravement malade lorsqu'il y a des motifs sérieux de croire que cette personne, bien que ne courant pas de risque imminent de mourir, ferait face, en raison de l'absence de traitements adéquats dans le pays de destination ou du défaut d'accès à ceux-ci, à un risque réel d'être exposée à un déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé entraînant des souffrances intenses ou à une réduction significative de son espérance de vie.

21. La cour a également rappelé (même décision, point 130) qu'il appartient en premier lieu au requérant de produire des éléments susceptibles de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure litigieuse était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3.

22. Le requérant soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des risques de peines ou traitements inhumains au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son état de santé.

23. Toutefois, il est constant que M. B n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il ressort des pièces du dossier que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, aucune des pièces versées aux débats ne permet toutefois de connaître ni même de présumer quelles seraient les conséquences d'une absence de prise en charge de son état de santé, dont la qualification de traitements inhumains et dégradants ne peut, dès lors, être tenue pour acquise. En outre, l'intéressé n'apporte aucun élément susceptible de démontrer qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié au Maroc. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'autorité administrative aurait dû procéder à un examen complémentaire sur ce point ni que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

25. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

26. En premier lieu, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; elle est, par suite, suffisamment motivée.

27. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écartée.

28. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté et des éléments préparatoires à celui-ci que la décision a été prise au terme d'un examen particulier de la situation du requérant.

29. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 16 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision portant à l'encontre de M. B interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions et celles de son avocat tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'union départementale des associations familiales de l'Eure et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le magistrat désigné,

R. Mulot

La greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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