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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401514

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401514

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 avril 2024 et le 3 juin 2024, M. C B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au profit de son avocate en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à son propre profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente

- elle méconnaît son droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 20 mars 2024 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Labelle, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 14 juin 2002, est entré en France le 5 septembre 2020, muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour mention " étudiant ". Son titre de séjour en qualité d'étudiant a été renouvelé jusqu'au 21 octobre 2023. Le 28 août 2023 M. B en a sollicité le renouvellement. Par l'arrêté attaqué du 6 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23-033 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour n° 76-2023-009, le préfet de ce département a donné délégation à M. D A, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 422-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Si l'arrêté ne vise expressément aucune disposition relative, spécifiquement, à la fixation du pays de destination, le visa du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la rédaction de l'article 3 de cet arrêté, qui indique que M. B doit rejoindre " le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible (à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse) ", constituent en l'espèce une motivation suffisante de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B était inscrit, pour l'année scolaire 2020-2021, au lycée polyvalent Beaupré de Haubourdin (Nord) en première année de préparation d'un brevet de technicien supérieur " europlastics et composites ", au titre de laquelle il a obtenu une moyenne générale de 10,81 sur 20, plusieurs enseignants notant un manque de travail ou d'implication. Pour l'année scolaire 2021-2022, M. B s'est réorienté et a suivi une formation labellisée " formation supérieure de spécialisation ", mention " support et conseil digital ", au sein du lycée Flaubert de Rouen. Si ses résultats ont été satisfaisants, en dépit d'une baisse au second semestre et si son sérieux a été noté par plusieurs enseignants, il n'a pas validé cette année d'études en raison de l'absence de réalisation d'un stage. Enfin, M. B s'est à nouveau réorienté pour l'année 2022-2023, en 1ère année de licence d'économie à l'université de Rouen Normandie, à l'issue de laquelle il a été déclaré défaillant au titre de la première session d'examens, en raison de sa défaillance dans plusieurs matières et a été ajourné dans la totalité des autres matières dispensées, avec dans la plupart des moyennes égales ou inférieures à 1 sur 20. Si ses résultats ont globalement progressé au titre de la seconde session d'examen, l'intéressé a à nouveau été ajourné dans la plupart des matières et déclaré défaillant au titre de cette année universitaire. S'il fait état de difficultés pour trouver un stage au titre de l'année 2021-2022, M. B n'apporte aucune précision sur la nature de ces difficultés ni sur les démarches qu'il aurait entreprises. S'il se prévaut par ailleurs de difficultés qui seraient liées aux conséquences d'un accident de bicyclette ayant conduit à son hospitalisation et à une intervention chirurgicale le 14 juin 2022, ces éléments ne sont pas à eux seuls de nature à expliquer ses échecs et réorientations successifs. Par conséquent, à supposer, comme le soutient le requérant, que ses réorientations sont cohérentes, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Maritime a considéré que M. B ne justifiait pas du sérieux de ses études. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En second lieu, en se bornant à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'erreurs manifestes d'appréciation et de défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et à renvoyer aux éléments exposés dans le reste de ses écritures, M. B n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

8. En deuxième lieu, l'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement, assortie d'une décision fixant le pays de destination. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il appartenait à l'intéressé de fournir spontanément à l'administration tout élément utile relatif à sa situation. Il n'établit pas avoir présenté ces éléments. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. M. B, qui est entré en France en 2020 et y a séjourné dans le but premier d'y poursuivre des études, n'avait dès lors pas vocation à y demeurer durablement et se borne à se prévaloir de son investissement dans son parcours universitaire, dont il a été dit au point 5 qu'il ne pouvait être regardé comme suffisant, et de l'exercice d'une activité salariée d'octobre à novembre 2023, qui ne constituait qu'une activité accessoire à ses études. Il ne justifie d'aucune attache familiale en France ni d'aucune insertion sociale particulière. Dans ces conditions, en ayant obligé M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, en se bornant à soutenir que l'autorité préfectorale ne l'a pas mis en mesure de présenter ses observations sur l'existence de risques dans son pays d'origine, M. B ne conteste pas utilement, au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les motifs de la décision fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen, tel qu'il est formulé, est inopérant. À supposer que le requérant ait entendu soulever un moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable à l'édiction de cette décision, ce moyen devrait en tout état de cause être écarté pour les motifs exposés au point 8.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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