mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401520 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, M. B A, représenté par Me Souty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de 45 jours la durée de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet le 4 mars 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé et prononce une mesure disproportionnée, tant dans son principe que dans le choix de ses modalités.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cazcarra, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cazcarra, magistrate désignée ;
- les observations de Me Souty, représentant M. A, qui reprend et précise les conclusions et moyens de la requête. Il ajoute qu'en prenant la mesure en litige, le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'un détournement de procédure. Il fait également valoir qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement en l'absence de diligences accomplies par le préfet de la Seine-Maritime.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 12 octobre 1993, a fait l'objet, par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours le 8 novembre 2023. Puis, par un arrêté du 4 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Faute d'avoir pu exécuter l'éloignement de M. A avant l'expiration du délai de quarante-cinq jours, le préfet de la Seine-Maritime a, par arrêté du 9 avril 2024, prolongé pour une nouvelle période de quarante-cinq jours l'assignation à résidence de l'intéressé et maintenu ses obligations de présentation. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2024.
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ", et aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".
3. Les articles L. 733-1 à L. 733-4 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient les modalités d'application de l'assignation à résidence d'un étranger. Dès lors que ces modalités limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, une telle mesure, comme son éventuelle prolongation, doit être nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, à savoir l'éloignement de l'étranger dans un délai aussi proche que possible de celui imparti par l'autorité administrative pour qu'il quitte le territoire français.
4. Il est constant que M. A a été assigné à résidence pour une première période de quarante-cinq jours par un arrêté du 4 mars 2024. S'il ressort des pièces produites que les services de la préfecture ont adressé une demande de routing d'éloignement à la Direction nationale de la police aux frontières dès le 7 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime n'apporte aucune indication sur les suites données à cette demande, aux autres démarches que ses services auraient, le cas échéant, entrepris ni même sur les éventuelles difficultés rencontrées pour organiser le départ du requérant. Faute pour le préfet de la Seine-Maritime de justifier de diligences accomplies dans l'organisation du départ de M. A depuis la première mesure d'assignation prise à son encontre, la mesure de police administrative attaquée n'apparaît pas nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2024 du préfet de la Seine-Maritime prononçant la prolongation de la durée de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet.
6. Aux termes de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français ".
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 avril 2024 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Souty et au préfet de la Seine-Maritime.
En application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative, copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Rouen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La magistrate désignée,
L. CAZCARRALa greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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