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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401524

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401524

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. C B, ressortissant angolais, qui contestait l'arrêté du 14 décembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de trois mois. Le tribunal a jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que le requérant ne justifiait pas d'une insertion professionnelle stable ou de liens personnels intenses en France, ne méconnaissant ainsi ni l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Les moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire, la fixation du pays de renvoi et l'interdiction de retour ont été écartés par voie de conséquence ou comme non fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, M. A C B, représenté par Me Leprince (SELARL Eden Avocats), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C B soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

-est entachée d'erreur de fait dès lors que le rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil a été produit à l'appui de sa demande de titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision interdisant le retour sur le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle,

- les observations de Me Leprince, représentant M. C B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant angolais né le 15 mai 1968, déclare être entré en France le 9 avril 2019. Par décision en date du 19 octobre 2021, l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté en date du 22 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 1er décembre 2023, M. C B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée de trois mois.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 435-1 du même code : " L'étranger qui sollicite l'admission exceptionnelle au séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " Aux termes de l'article R. 435-2 du même code : " Pour l'application de l'article L. 435-2, lorsqu'il envisage d'accorder un titre de séjour, le préfet apprécie, au vu des circonstances de l'espèce, s'il délivre une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ". Enfin, l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que, pour la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 435-2, le demandeur doit notamment fournir un " rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil (à la date de la demande) mentionnant l'agrément et précisant : la nature des missions effectuées, leur volume horaire, la durée d'activité, le caractère réel et sérieux de l'activité, [les] perspectives d'intégration au regard notamment du niveau de langue, les compétences acquises, [le projet professionnel], des éléments relatifs à [la] vie privée et familiale ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'après avoir indiqué les raisons pour lesquelles M. C B ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime a étudié sa demande sur le fondement de l'article L. 435-2 du même code, cité au point 2, et a indiqué que M. C B est présent au sein d'un " OACAS " depuis juillet 2009. L'autorité préfectorale a ensuite rejeté la demande présentée à ce titre aux motifs que le requérant n'a joint au dossier " aucun rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil précisant la nature des missions effectuées, le caractère réel et sérieux de l'activité, les perspectives d'intégration (), le projet professionnel et les éléments relatifs à la vie privée et familiale ", qu'il ne joint aucun projet professionnel concret, et que ses perspectives d'intégration de l'intéressé ne sont pas démontrées. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C B a produit un rapport établi par la responsable de la communauté Emmaüs de Saint-Pierre-lès-Elbeuf daté du 29 septembre 2023, précisant la nature des missions effectuées au sein de cet organisme d'accueil, indiquant que ces missions ont été effectuées avec " sérieux et rigueur " et relevant que l'intéressé avait démontré son investissement et sa polyvalence. Le rapport précise également que M. C B maitrise la langue française, et qu'il s'est vu notamment confier le poste de standardiste ainsi que la responsabilité de conserver les clés des locaux. Le rapport note également son intégration dans le milieu associatif local. Un autre rapport du 17 mars 2023, établi par le responsable de la précédente communauté Emmaüs du requérant, et adressé au préfet de la Seine-Maritime, est également fourni au dossier. Le préfet ne conteste pas en défense avoir reçu ces deux rapports dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de l'intéressé. Par suite, en estimant que le requérant n'avait pas fourni un rapport tel qu'exigé par les dispositions citées au point 2, et en rejetant pour ce motif, et celui du défaut de présentation d'un projet professionnel, la demande présentée sur l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la demande de l'intéressé.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour, que M. C B est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, de même que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois mois.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivrée à M. C B dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. M. C B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leprince (SELARL Eden Avocats), avocate de M. C B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leprince (SELARL Eden Avocats) de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de M. C B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Leprince (SELARL Eden Avocats) une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leprince (SELARL Eden Avocats) renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Leprince (SELARL Eden Avocats) et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. Galle

L'assesseur le plus ancien,

C. BellecLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401524ah

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