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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401544

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401544

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, Mme G C D, représentée par Me Mukendi-Ndonki, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Mukendi-Ndonki, pour Mme C D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante congolaise (République Démocratique du Congo) née le 22 mars 1992, est entrée en France le 23 août 2016, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA, le 22 janvier 2019. Elle a fait l'objet, le 22 février 2019 et le 16 juillet 2021, d'arrêtés d'éloignement, tous deux annulés par le tribunal administratif de Rouen. Le 2 novembre 2022, toutefois, la Cour administrative d'appel de Douai a confirmé la légalité de l'arrêté édicté le 16 juillet 2021. Le 16 février 2023, Mme C D a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 20 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire à la requérante.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision litigieuse, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. Au cas d'espèce, Mme C D ne peut utilement se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire national dans la mesure où celle-ci résulte, au moins partiellement, de ce qu'elle ne s'est pas conformée à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le 16 juillet 2021 et jugée légale, dans les conditions rappelées au point n°1. Les deux certificats médicaux versés aux débats concernant les jeunes B et A, nés respectivement le 3 novembre 2018 et le 21 février 2020, à Rouen, ne permettent pas de tenir pour établi que ceux-ci souffrent de pathologies d'une particulière gravité nécessitant impérieusement des soins en France. En outre, si ces enfants sont scolarisés en classe de maternelle, il ne ressort pas des éléments produits qu'il leur serait impossible de suivre une scolarité normale en République Démocratique du Congo ce qui, eu égard à leur très jeune âge, n'est pas susceptible de léser leur intérêt supérieur. Nonobstant quelques preuves de versement de sommes d'argent, en 2023, les pièces produites par Mme C D ne permettent pas de démontrer que M. E F, père de la jeune B, qui ne réside pas au domicile, contribue effectivement à son entretien et à son éducation, entretient des liens affectifs avec elle ou s'implique dans sa parentalité. Si la requérante fait valoir que l'intéressé séjourne en situation régulière, en France, et y travaille, ces circonstances ne sont nullement établies. Enfin, l'insertion professionnelle dont se prévaut Mme C D n'est pas démontrée : si l'intéressée fait valoir qu'elle a suivi une formation en vue de l'obtention d'un CAP de secrétaire comptable auprès de l'AFPA, aucune pièce produite ne justifie de sa réussite, dans cette entreprise et pas davantage, d'une quelconque insertion dans ce domaine professionnel. L'activité de la requérante en tant qu'auxiliaire de vie est marginale et ne lui permet pas de dégager un revenu suffisant pour l'entretien du foyer. Pour estimable qu'elle soit, sa participation à des activités bénévoles, ne caractérise pas une insertion professionnelle stable. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions citées au point n°5 en opposant à Mme C D le refus de séjour litigieux.

7. En dernier lieu, au regard de ce qui précède, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante n'est pas établie.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avec celle de la décision portant refus de séjour. Eu égard à ce qui a été dit au point n°3, la requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, le refus de séjour opposé à Mme C D n'étant pas illégal, celle-ci n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement édictée à son encontre.

10. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point n°6 la décision litigieuse ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Elle ne procède pas davantage d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité de la requérante et précise que celle-ci n'établit pas être exposée au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

12. En second lieu, l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme C D n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision litigieuse, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme C D n'étant pas illégale, celle-ci n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français édictée à son encontre.

15. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point n°6 la décision litigieuse ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

16. En dernier lieu, eu égard aux caractéristiques de la vie privée et familiale, ainsi qu'aux conditions du séjour de l'intéressée, telles qu'exposées au point n°6, et alors que Mme C D ne s'est pas conformée à la mesure d'éloignement prononcée le 16 juillet 2021, malgré le rejet, par la Cour administrative d'appel de Douai, de son recours en annulation, l'interdiction de retour sur le territoire français de trois mois opposée à la requérante ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par Mme C D doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance

D E C I D E:

Article 1er : Mme C D est admise, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C D, à Me Mukendi-Ndonki, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARDLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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