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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401587

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401587

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait l'arrêté préfectoral du 20 novembre 2023 refusant son admission exceptionnelle au séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et avait été précédé d'un examen particulier de sa situation. Il a rappelé que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ne pouvait être invoqué pour un titre de séjour "salarié" par un ressortissant marocain, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 régissant cette matière. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu'aucun des moyens soulevés (erreur manifeste d'appréciation, méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) ne soit retenu.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, et portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de le munir, sous huit jours, d'une autorisation provisoire de séjour, dans les deux cas, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Le refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 16 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2024, à 12 heures.

Des pièces, présentées pour M. B le 7 août 2024, ont été enregistrées sans être communiquées.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Madeline, pour M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 5 juin 1986, déclare être entré en France le 4 novembre 2019 muni d'un visa de court séjour. Le 15 septembre 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les circonstances de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Il est, dès lors, suffisamment motivé.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation de l'arrêté contesté, que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter les décisions litigieuses. Le moyen soulevé en ce sens doit, par conséquent, être écarté.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord.

5. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. M. B se prévaut de son insertion professionnelle en ce qu'il a été embauché, à compter de décembre 2019 en qualité de cuisinier pizzaïolo, puis, en qualité de leader de cuisine, à compter du 21 août 2023, par contrat à durée indéterminée. Toutefois, alors qu'au demeurant l'intéressé a été embauché irrégulièrement sans disposer d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente, les éléments dont il se prévaut ne permettent pas, à eux-seuls, de considérer que le requérant ferait état de motifs exceptionnels justifiant que le préfet mette en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". En outre, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, dite " Valls ", qui ne sont pas opposables à l'administration. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Seine-Maritime dans la mise en œuvre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit, par conséquent, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Si M. B fait valoir qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, il ressort des pièces du dossier qu'entré sur le territoire national en décembre 2019, il s'est maintenu irrégulièrement en France, sans faire de demande de titre de séjour, pendant trois ans. S'il est constant que l'intéressé dispose d'un contrat à durée indéterminée, il est tout aussi constant, cependant, qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Il n'est pas soutenu, ni même allégué, enfin, qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, le Maroc. Il ressort, enfin, des éléments versés aux débats que l'intéressé a été condamné, le 10 novembre 2022 pour conduite malgré une suspension de permis, procédure durant laquelle il a présenté un faux passeport italien, et, le 5 octobre 2023, pour conduite en état alcoolique et conduite sans permis. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui opposant le refus de séjour litigieux. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

9. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point n° 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'acte attaqué. Ses conclusions formées à cette fin doivent, par suite, être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente

A. GAILLARDLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401587

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