mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401619 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, M. A C B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa situation sous un mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
* le refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivé ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît tant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
* l'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
* la décision fixant le pays de destination :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 25 mars 2024 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % ;
- l'ordonnance du 27 mai 2024 fixant la clôture de l'instruction au 17 juin 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Leprince, pour M. B.
Connaissance prise de la pièce produite pour M. B par note en délibéré, parvenue le 10 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français le 12 septembre 2016. Le 6 novembre 2023, l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 20 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité du refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment les conditions d'entrée et de séjour de M. B en France, sa nationalité, sa situation personnelle et l'absence de risques établis en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. B, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En dernier lieu, si l'intéressé se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, célébré le 28 décembre 2019, près de quatre années avant la décision attaquée, et il peut être tenu pour établi, par les pièces produites, que la relation effective avait commencé à la même époque, dans la ville où étudiait cette ressortissante française, elle s'est en réalité poursuivie au cours de l'année 2022 seulement dans le département de la Seine-Maritime . Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossiers que l'épouse de M. B est enceinte, les documents médicaux produits relatifs à la grossesse sont postérieurs à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Les contrats de missions temporaires au cours des années 2022 et 2023 ne suffisent pas à caractériser une insertion professionnelle significative. Dans ces conditions, en dépit d'une relation de couple il est vrai assez anciennes, en ayant refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Les éléments dont se prévaut M. B ne caractérisent ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du même code et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision en litige, qui fait suite à un refus de titre de séjour suffisamment motivé comme il a été dit au point 2, est elle-même suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. B n'est pas entaché d'illégalité. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
7. En troisième lieu, faute de justification suffisante d'une continuité de la communauté de vie depuis le mariage, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions alors applicables du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En dernier lieu, à la date de la décision attaquée, un retour temporaire au Maroc de M. B, voire de son épouse avec lui dans la mesure où elle n'exerce aucune activité en France, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour le même motif, l'erreur manifeste d'appréciation alléguée n'est pas établie.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B n'est pas entachée d'illégalité. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
10. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseur le plus ancien,
T. DEFLINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2401619
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