lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401638 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 avril 2024 à 13h01, M. C B, retenu au centre de rétention administrative de Oissel, demande au tribunal :
1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 23 avril 2024 par lequel le préfet de la Manche l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- il appartient au signataire de l'arrêté de justifier de sa compétence ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- la décision méconnaît sa situation personnelle et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2024 à 10h13, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête ; il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 29 avril 2024 à 13h30, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Gravelotte, avocate désignée d'office pour M. B, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ; elle soulève en outre des moyens nouveaux tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant ; elle revient plus particulièrement sur les relations de M. B avec ses enfants et ajoute que l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dans son principe et dans sa durée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en albanais.
Le préfet de la Manche n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. C B, ressortissant albanais né en 1991, a fait l'objet le 22 avril 2024 à la gare de Cherbourg d'un contrôle d'identité par des fonctionnaires de police et a été interpellé et placé en garde à vue pour rébellion. A l'occasion de cette mesure, il s'est vu notifier un arrêté du préfet de la Manche du 23 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B qui a par ailleurs été placé en rétention demande à titre principal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 5° Pour toutes les matières intéressant son arrondissement et pour l'exécution des missions qu'il lui confie conformément aux dispositions de l'article 14, au sous-préfet () ". L'arrêté attaqué a été signé par le sous-préfet de Cherbourg qui bénéficiait, par arrêté du 1er septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Manche à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, chacune des décisions attaquées comporte l'énoncé des considérations et de fait qui en constituent le fondement ; en ce qui concerne en particulier l'interdiction de retour sur le territoire français, il ressort de l'arrêté que l'autorité administrative a examiné comme elle y était tenue chacun des quatre critères prévus par la loi. Par suite, les décisions sont suffisamment motivées.
4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ", et aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. Si M. B soutient qu'il n'a pas été pénalement condamné et que l'ordonnance de protection accordée à son épouse et mère de leurs quatre enfants serait caduque depuis plusieurs mois, ces assertions ne sont assorties d'aucun élément à leur appui. En outre, et surtout, il ressort des pièces produites en défense que M. B est divorcé d'une compatriote également en situation irrégulière et que le couple a eu quatre enfants nés entre 2012 et 2022, en Albanie pour l'aîné et le cadet et en France pour le troisième et la benjamine. Il est constant que ces enfants sont placés et M. B a indiqué lors de la procédure puis lors de l'audience n'avoir aucun contact avec eux depuis plusieurs mois. Le requérant n'a pas sérieusement contesté la matérialité des faits retenus par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Coutances dont il résulte qu'il a commis à plusieurs reprises des violences habituelles sur son épouse, en présence de leurs enfants. Aucune décision du juge civil ne lui a accordé de droits de visite et d'hébergement réguliers et M. B ne dispose d'aucun domicile fixe et est dépourvu de toute ressource. En outre, en méconnaissance de l'ordonnance de protection susmentionnée, il a été contrôlé en possession d'une arme de catégorie D et le préfet de la Manche justifie que le requérant a fait l'objet le 18 mars 2019 d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français restée inexécutée. Compte-tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, y compris en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour deux ans, porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris ni que le préfet de la Manche n'aurait pas porté l'attention requise à l'intérêt supérieur de ses enfants.
6. Enfin, outre ce qui a été déjà été exposé, M. B ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle ; l'arrêté n'est, dès lors, pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence, le jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Manche.
Prononcé en audience publique le 29 avril 2024.
Le magistrat désigné,
R. Mulot
La greffière,
A. LenfantLa République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401638
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026