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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401640

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401640

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, M. C B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence à son domicile à Elbeuf, lui a fait interdiction de quitter sans autorisation les communes de la circonscription de sécurité publique d'Elbeuf et a défini ses obligations de présentation ;

2) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par un auteur ne justifiant pas de sa compétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris sans un examen complet de sa situation personnelle ;

- a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- prévoit des obligations de présentation qui sont disproportionnées.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête ; il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 2 mai 2024 à 10h00, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Labelle, avocat du requérant, qui soulève un moyen nouveau tiré du détournement de pouvoir et de procédure et reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en langue arabe.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé à son domicile le 19 avril 2024 par des effectifs du service interdépartemental de la police judicaire de Rouen et placé en garde à vue pour des faits d'apologie du terrorisme et détention non autorisée d'arme de catégorie B. A l'occasion de cette mesure, il a été auditionné sur l'irrégularité de sa situation administrative et s'est vu notifier un arrêté du même jour du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour cinq ans. Le recours de M. B contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2401550 rendu par la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen le 30 avril 2024.

2. Par ailleurs, M. B a été placé en rétention et par une ordonnance du 22 avril 2024, confirmée en appel le lendemain, ce placement a été annulé. Par un arrêté du 21 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a par ailleurs assigné M. B à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande à titre principal l'annulation de cet arrêté d'assignation à résidence.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 5° Pour toutes les matières intéressant son arrondissement et pour l'exécution des missions qu'il lui confie conformément aux dispositions de l'article 14, au sous-préfet ". L'arrêté attaqué a été signé par le sous-préfet de Dieppe qui bénéficiait, par un arrêté du 31 janvier 2024 publié le 2 février suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime, à l'effet de signer notamment tout arrêté ou décision relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement à l'exception de mesures au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ", l'arrêté comporte la mention des considérations de droit et de fait qui le fondent ; il est, par suite, suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué et des éléments préparatoires à celui-ci qu'il a été pris à l'issue d'un examen de la situation particulière du requérant.

6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

7. Dès lors qu'une assignation à résidence limite l'exercice de sa liberté d'aller et venir, une telle mesure, comme son éventuelle prolongation, doit être nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, à savoir l'éloignement de l'étranger dans un délai aussi proche que possible de celui imparti par l'autorité administrative pour qu'il quitte le territoire français.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas présenté de document d'identité ou de voyage mais que son identité est connue et il a fait l'objet le 30 novembre 2020 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de la part du préfet des Pyrénées-Orientales qu'il n'a pas exécutée. S'il justifie occuper un emploi dans le domaine du bâtiment, cette activité est exercée sans autorisation et a vocation à prendre fin sans délai. En outre, la stabilité de son logement et l'ancienneté de séjour ne sont pas établies par les quelques pièces éparses produites à l'instance et il a déclaré être célibataire et sans enfant. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions mentionnées ci-dessus ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni encore entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Seine-Maritime a pu édicter la mesure d'assignation en litige.

9. En cinquième lieu, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision du 11 décembre 2020 n° 438833, si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article - désormais - L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

10. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions susmentionnées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

11. Afin d'assurer le respect par M. B de ses obligations, l'autorité administrative l'a contraint à se présenter cinq fois par semaine au commissariat d'Elbeuf.

12. Si comme le soutient l'intéressé la menace à l'ordre public est insuffisamment justifiée par les éléments produits en défense, il demeure que M. B a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'exécuterait l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet que sous la contrainte, de sorte que le risque de soustraction est, lui, suffisamment caractérisé pour que le préfet de la Seine-Maritime ait pu légalement imposer à l'intéressé une présentation quotidienne en semaine, afin de s'assurer du respect de l'interdiction de sortie du périmètre assigné. La circonstance que ces obligations compromettent son activité professionnelle doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 8 du présent jugement.

13. Enfin, dès lors que la mesure d'assignation et ses modalités d'exécution ont été légalement prises dans le but d'assurer l'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai dont fait l'objet le requérant, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un détournement de procédure et d'un détournement de pouvoir ne peuvent qu'être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Ses conclusions tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

Le magistrat désigné,

R. Mulot

La greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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