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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401674

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401674

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. et Mme B C contestant le refus de la commission nationale indépendante de leur accorder une réparation pour les préjudices subis lors de leur séjour au camp de Rivesaltes. La demande était fondée sur la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 et ses décrets d'application. Le tribunal a estimé que les conditions d'indemnisation prévues par ce texte n'étaient pas remplies, sans préciser le motif exact du rejet dans l'extrait fourni. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation de la décision de la commission.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, M. B et Mme D doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 7 mars 2024 par laquelle la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles, a rejeté sa demande de réparation ;

2°) d'enjoindre à cette commission de réexaminer sa demande.

Ils soutiennent que M. C a séjourné au camp de Rivesaltes avec son épouse et leurs enfants, qui se sont vus accorder une indemnisation à ce titre.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, l'Office national des combattants et des victimes de guerre conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;

- le décret n° 2022-393 du 18 mars 2022 ;

- le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a saisi la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles d'une demande de réparation au titre des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans les structures dans lesquelles ils ont séjourné. Par la décision attaquée du 7 mars 2024, cette commission a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 susvisée portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés. / Elle reconnaît sa responsabilité du fait de l'indignité des conditions d'accueil et de vie sur son territoire, à la suite des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie, des personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu'à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été source d'exclusion, de souffrances et de traumatismes durables. " Aux termes de l'article 3 de ladite loi : " Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixés par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ". L'article 4 de cette même loi institue une commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement sous statut civil de droit local et les membres de leurs familles, qui est chargée notamment de statuer sur les demandes de réparation présentées sur le fondement de l'article 3. Aux termes de l'article 8 du décret du 18 mars 2022 susvisé relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles : " La liste des structures mentionnée au premier alinéa de l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée figure en annexe au présent décret ".

3. Les dispositions précitées de la loi du 23 février 2022 instituent un mécanisme de réparation forfaitaire des préjudices résultant de l'indignité des conditions d'accueil et de vie dans les lieux où ont été hébergés en France, entre 1962 et 1975, les harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie ainsi que les membres de leurs familles. Ce régime particulier d'indemnisation a pour objectif de permettre l'indemnisation du préjudice lié à la très grande précarité matérielle dans laquelle ont vécu les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés, et leurs familles, parfois pendant de très longues années, et aux atteintes qui ont été portées à leurs libertés individuelles ainsi qu'aux privations diverses qu'elles ont subies dans le cadre de leur séjour dans les structures où elles ont été accueillies. Il fait obstacle, depuis son entrée en vigueur, à ce que la responsabilité de droit commun de l'Etat puisse être recherchée au titre des mêmes dommages.

4. Pour établir avoir séjourné au camp de transit et de reclassement de Rivesaltes, M. C se borne à faire état de l'indemnisation reçue par son épouse et leurs enfants et de leur vie commune pendant la période retenue pour déterminer leur droit à réparation. Ses allégations, qui ne sont étayées par aucune pièce, en dépit d'une mesure d'instruction diligentée en ce sens, ne permettent pas de démontrer que l'intéressé a séjourné dans ce camp entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, alors en outre que l'Office a certifié, en réponse, ne pas pouvoir attester de son séjour dans ledit camp. L'intéressé ne démontre dès lors pas, dans cette mesure, disposer d'un droit à réparation en vertu des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 mars 2024 de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles, doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme D et à l'Office national des combattants et des victimes de guerre.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : J. Cotraud

La présidente,

Signé : C. Van MuylderLe greffier,

Signé : J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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