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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401676

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401676

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 avril 2024, le président de la troisième chambre du tribunal administratif d'Orléans a transmis le dossier de la requête de Mme C A B au tribunal administratif de Rouen.

Par cette requête enregistrée le 11 avril 2024, Mme C A B, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour " travailleur temporaire " ou " salarié ", ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires à l'appui de sa demande de titre de séjour, et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros TTC en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette condamnation valant renonciation de son conseil au versement de l'aide juridictionnelle, ou à défaut de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de délivrance d'un récépissé lors de son rendez-vous du 24 octobre 2023 pour le renouvellement de son titre de séjour ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit et dans l'application de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a opposé à tort une condition tirée du défaut de contrat à durée indéterminée et a exigé un niveau de rémunération injustifié au regard des dispositions de cet article.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- et les observations de Me Niakate, substituant Me Boyle, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante camerounaise née le 22 juin 1999, est entrée sur le territoire français le 20 août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant ". Elle a bénéficié d'un titre de séjour " recherche d'emploi / création d'entreprise " valable du 15 novembre 2022 au 14 novembre 2023 et sollicité le 24 octobre 2023, la délivrance d'un titre de séjour, en tant que " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 8 novembre 2023, dont Mme A B demande l'annulation, le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-10 du même code : " L'étranger () qui justifie () avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master (), se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur / () ". Aux termes de l'article L. 422-11 du même code : " Lorsque la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " est délivrée en application du 1° de l'article L. 422-10, son titulaire est autorisé, pendant la durée de validité de cette carte, à chercher et à exercer un emploi en relation avec sa formation (), assorti d'une rémunération supérieure à un seuil fixé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné / A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " prévue aux articles L. 421-1 ou L. 421-3 (), sans que lui soit opposable la situation de l'emploi ". L'article L. 422-9 de ce code dispose que " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1 la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " n'est pas renouvelable () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", qui sollicite, à l'issue de la durée de validité de cette carte de séjour, non renouvelable, la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " se voit délivrer de plein droit cette carte de séjour en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'il justifie être pourvu à la date d'expiration de son titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'un emploi ou d'une promesse d'embauche en relation avec sa formation régulièrement suivie en France en qualité d'étudiant. Dans ces conditions, l'autorité administrative saisie d'une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " par un étranger à l'issue de la durée de validité de son titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ne peut se borner à examiner cette demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais est également tenue d'examiner s'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article L. 422-11 du même code.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des échanges de courriels entre la requérante et les services de la préfecture de l'Eure, que Mme A B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", alors qu'elle était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " valable du 15 novembre 2022 au 14 novembre 2023, délivré à l'issue de ses études en France. Or, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande de Mme A B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Eure a opposé à Mme A B le défaut d'emploi en contrat à durée indéterminée, qui ne constitue pas une condition prévue par les dispositions précitées et visées par l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de l'Eure a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de droit dans l'application de l'alinéa de l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A B est fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, qui se trouvent ainsi privées de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de l'Eure ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de Mme A B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boyle, représentant Mme A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boyle de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme A B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Eure ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Boyle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Boyle, avocat de Mme A B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

C. Galle La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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