vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401698 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | SOMDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 avril 2024 et 2 mai 2024, Mme C E, représentée par Me Somda, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Somda au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation à la part contributive de l'Etat.
Mme E soutient que les décisions attaquées :
- sont signées par une autorité incompétente ;
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences des décisions sur sa situation personnelle.
Le préfet du Nord a produit un mémoire en production de pièces, enregistré le 2 mai 2024.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;
- les observations de Me Somda, représentant Mme E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;
- Mme E, assistée de Mme B, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions posées par le tribunal.
Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante géorgienne née le 23 novembre 1980, est entrée sur le territoire le 24 avril 2024 munie de son passeport. Par l'arrêté attaqué du 29 avril 2024, le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par le même arrêté, elle a été placée au centre de rétention administrative de Oissel (Seine-Maritime) à compter du 29 avril 2024.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de Mme E à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Par un arrêté du 5 mars 2024, publié le même jour au recueil n° 2024-097 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D A, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, en particulier, les décisions attaquées. Le moyen d'incompétence de la signataire des décisions litigieuses, qui manque en fait, doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger Mme E à quitter le territoire français, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressée est entrée sur le territoire de manière irrégulière et s'y est maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En outre, pour prendre cette décision, le préfet du Nord a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
6. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de son audition le 28 avril 2024 par un officier de police judiciaire que Mme E a été informée de ce qu'elle était susceptible d'être renvoyée dans son pays d'origine. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que Mme E aurait été empêchée de présenter des observations qui auraient été de nature à ce que la procédure administrative aboutisse à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle aurait été privée de son droit à être entendue ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition du 28 avril 2024, que Mme E est entrée en France le 24 avril 2024 après être entrée en Allemagne le 5 novembre 2023 munie d'un visa court séjour valable jusqu'au 5 février 2024. Elle déclare avoir quitté son pays d'origine pour des motifs économiques et voyager avec son compagnon, un compatriote également en situation irrégulière. Déclarant vouloir se rendre en Belgique ou au Danemark, elle n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France. Elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches en Géorgie, où résident sa mère et ses trois enfants. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ne peut être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser d'accorder à Mme E un délai de départ volontaire, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions des 1° et 8° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet a relevé notamment que Mme E est entrée sur le territoire de manière irrégulière et s'y est maintenue sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et a retenu qu'il existait un risque que l'intéressée se soustraie à la mesure d'éloignement faute de justifier d'une adresse stable et durable. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / ()1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, () ".
11. Mme E est entrée en France le 24 avril 2024 après être entrée en Allemagne le 5 novembre 2023 munie d'un visa court séjour expirant le 5 février 2024. En outre, elle ne démontre pas justifier de garanties de représentation suffisantes, faute de justifier d'une adresse stable et durable. L'intéressée n'invoque aucune circonstance particulière pour démontrer que le risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement ne serait pas établi. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, la décision attaquée fixe comme pays de destination le pays dont l'intéressée a la nationalité, ou en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral un pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité, ou avec son accord, un autre pays dans lequel elle établit être légalement admissible. Il ressort des mentions de la décision attaquée que celle-ci vise la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que Mme E ne prouve pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
14. En second lieu, Mme E soutient encourir le risque de se voir infligée en cas de retour dans son pays d'origine un traitement inhumain et dégradant, notamment des violences par son ex-époux. Toutefois elle ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité et la nature des risques auxquels elle serait personnellement soumise en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
17. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de Mme E une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, qui vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que les conditions de son entrée et de la durée de son séjour en France, qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne présente pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressée, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivée.
18. Dans la mesure où Mme E ne s'est vu accorder aucun délai de départ volontaire en vue de se conformer à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, le préfet du Nord était fondé à assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sans qu'y fassent obstacle les circonstances alléguées par l'intéressée selon lesquelles elle n'a pas fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour, elle n'a jamais fait l'objet de précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public. En relation avec un compatriote également en situation irrégulière, Mme E ne justifie aucune insertion sociale et professionnelle en France alors que ses enfants résident dans son pays d'origine. Sa situation ne relève pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que le préfet du Nord lui interdise le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an. Par suite, compte tenu de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles formulées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Somda et au préfet du Nord.
Lu en audience publique le 3 mai 2024.
La magistrate désignée,
L. FAVRE
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026