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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401718

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401718

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantSOUTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, M. A se disant Mohamed F, représenté par Me Souty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. H comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 7 mai 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Souty, pour M. A se disant F, qui produit une pièce complémentaire ; qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute un moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par la décision fixant le pays de destination, en tant qu'elle n'exclut pas la Lybie, pays dont M. A se disant F a la nationalité ; qui précise que M. F entretient une relation avec une ressortissante française depuis deux ans et qu'ils ont une vie commune depuis un an ; qu'il n'a plus aucun contact en Lybie, où son père est décédé avant son départ, où sa mère est également décédée récemment, ce qu'il a appris par un compatriote de passage en France et qu'il n'a plus aucune nouvelle de sa sœur depuis plusieurs années ; qu'il n'existe aucune possibilité d'éloignement de M. A se disant F en l'absence de liaisons aériennes entre la France et la Lybie ; que ce pays est en proie à un conflit armé et connaît une situation de violence aveugle d'intensité exceptionnelle, faisant courir à M. A se disant F le risque d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour ; que le requérant n'a pas sollicité l'asile depuis son arrivée en France car il n'avait pas compris qu'il pouvait le faire auprès de l'autorité préfectorale et pensait qu'il était privé de cette possibilité en raison de l'impossibilité de bénéficier d'un hébergement auprès d'une association ; que son état de santé, lié en particulier au traumatisme qu'il a subi dans son pays d'origine a justifié la prescription de tramadol et de prégabaline ;

- les observations de M. A se disant F, assisté de M. E, interprète, qui indique qu'il ne comprend pas ce qu'est la procédure de demande d'asile ; qu'il a passé les premières semaines suivant son arrivée en France dans la rue, avant de prendre contact avec des compatriotes et des associations et de trouver du travail ; qu'il n'a pas de lien particulier avec la Belgique, qu'il a rejoint en 2022 afin selon lui d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait objet le 24 octobre 2022 mais qu'il n'y a séjourné que trois semaines ; qu'il n'a aucune information sur la situation géopolitique du district du Mosratah en Lybie, dont il est originaire mais qu'il a appris le décès de sa mère, qui serait lié à la dégradation de son état de santé après le décès de son père et qu'il n'a plus de nouvelles de sa sœur ; qu'il a quitté la Lybie en 2021 pour fuir la guerre et à la suite de l'assassinat de son père par des hommes armés qui voulaient s'emparer de leur maison ; qu'il consulte régulièrement un médecin et qu'il se voit prescrire du tramadol et de la prégabaline depuis 2021.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant F, se déclarant ressortissant lybien né le 22 mai 2004, également connu sous plusieurs autres alias, déclare être entré en France en 2021. Par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 24 octobre 2022, sous l'identité de M. B C il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qui a été prolongée d'un an par un arrêté du 10 janvier 2023 et de deux ans par un arrêté du 29 mars 2023. Par un jugement du tribunal correctionnel de Rouen du 30 avril 2024, il a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours. Par l'arrêté attaqué du 1er mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 24-022 du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2024-069 du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à M. D G, sous-préfet du Havre, à l'effet de signer, notamment, tous les arrêtés et décisions relevant de ses attributions, au nombre desquelles figure l'entrée et le séjour des étrangers, dans les limites de l'arrondissement du Havre, à l'exception des matières visées à l'article 2 de cet arrêté, au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui énoncé les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français, est par suite suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, d'une part, si le requérant se prévaut de la relation qu'il entretient avec une ressortissante française, il n'établit pas l'ancienneté de celle-ci. Il ne justifie par ailleurs d'aucune attache familiale en France, où il séjournerait depuis moins de trois ans et où il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, ainsi que d'une condamnation pénale pour des faits de vol avec violence. D'autre part, s'il se prévaut de l'existence d'une situation de violence aveugle d'intensité exceptionnelle en Lybie en raison du conflit armé qui s'y déroule, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations, à plus forte raison s'agissant de la région dont il est originaire, et il ne ressort d'aucune source publique librement accessible que la situation géopolitique en Lybie, si elle demeure dégradée, serait telle que tout civil renvoyé dans ce pays courrait, du seul fait de sa présence sur le territoire, un risque réel de subir une menace grave et individuelle. Enfin, s'il se prévaut de son état de santé, il se borne à faire état, sans plus de précisions, de la prescription d'un antalgique et d'un antiépileptique. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué, notamment la décision fixant le pays de destination, sur sa situation personnelle, doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant F, à Me Vincent Souty et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

A. H

La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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