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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401722

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401722

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantYOUSFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2024, M. B C, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 mai 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Yousfi, représentant M. C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et a produit une pièce à l'audience. Il a souligné que, contrairement à ce qu'indique l'arrêté attaqué, M. C a été condamné à une interdiction, non d'entrer en contact, mais de paraître au domicile de son épouse. Il a en outre relevé que les faits de vol mentionnés dans cet arrêté n'ont pas donné lieu à poursuite. Ont été également entendues les observations de M. C, qui a précisé les circonstances dans lesquelles se sont déroulés les faits ayant donné lieu à sa condamnation pénale. Ont enfin été entendues les observations de Mme E D, son épouse, qui a apporté des précisions sur ce même point.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 11 h 20, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né le 26 mars 2002, déclare être entré en France au cours de l'année 2020. Par suite de son placement en garde à vue le 24 mai 2023 pour des faits de violence volontaire sur sa conjointe et par un arrêté du 26 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 2302652 du 29 août 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de M. C contre cet arrêté. Par suite de son interpellation le 17 avril 2024 pour des faits de vol et recel de vol et par l'arrêté attaqué du 18 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment prononcée par l'arrêté du 26 mai 2023.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aucune pièce du dossier ne permet d'établir que M. C ait été entendu, ni mis à même de présenter ses observations préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué, ce qui ne ressort en outre pas de ses termes. L'intéressé indique avoir été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense, dès lors qu'il aurait pu informer le préfet de son mariage, le 18 février 2023, avec une ressortissante française et de la naissance à venir de leur enfant, et apporter des précisions quant aux faits ayant donné lieu, le 15 février 2024, à sa condamnation pénale, et à son placement en garde à vue le 17 avril 2024. De telles circonstances auraient été susceptibles d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. C à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

Sur les conséquences de l'annulation :

6. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

7. L'exécution du présent jugement implique également, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 susvisé, dans la mesure de l'annulation prononcée au point 5.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Yousfi, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Yousfi d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 18 avril 2024 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Yousfi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Yousfi, avocat de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J. ALe greffier,

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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