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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401724

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401724

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique
Avocat requérantMERHOUM AMINA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024 sous le n° 2401723, M. D, représenté par Me Merhoum, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de la Seine-Maritime, invité à produire ses observations, n'a pas produit de mémoire en défense.

II./ Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024 sous le n° 2401724, M. D, représenté par Me Merhoum, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur de droit ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces des dossiers, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 3 mai 2024.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 mai 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Merhoum, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mongol né le 22 novembre 1986, déclare être entré en France le 6 septembre 2017 et a sollicité l'asile le 22 décembre 2018. Sa demande de protection internationale a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 mars 2018. Le recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 6 novembre 2018. Par un arrêté du 19 décembre 2018, la préfète de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français. Le 30 avril 2024, M. B a été placé en garde à vue pour des faits de conduite sans permis et il a fait l'objet, à cette occasion, d'une vérification de son droit de circulation et de séjour. Par les arrêtés attaqués du 1er mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois et, d'autre part, l'assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Les requêtes n° 2401723 et n° 2401724, qui tendent à l'annulation de ces deux arrêtés, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a par suite lieu de les joindre afin de statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle dans la présente instance, tendant à l'annulation des arrêtés du 1er mai 2024 pris à son encontre.

Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur de droit, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

6. M. B, qui est présent sur le territoire français depuis à tout le moins le mois de décembre 2018, se prévaut de l'ancienneté de son séjour, de la présence en France de sa compagne et de leur trois enfants, nés respectivement en Mongolie en 2012 et en France en 2018 et 2020, et de l'exercice d'une activité professionnelle. Cependant, il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire, ainsi que sa compagne, en méconnaissance d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise à son encontre à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile. S'il produit une promesse d'embauche d'une société au sein de laquelle il déclare travailler de manière dissimulée, activité dont il tirerait un revenu de 1 200 euros par mois, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations, alors par ailleurs que la famille est hébergée dans un logement dont le loyer est financé par une association. Enfin, M. B ne fait état d'aucun obstacle particulier à ce que sa cellule familiale se reforme dans le pays dont il a, ainsi que sa compagne et leurs enfants, la nationalité. Dans ces conditions, en dépit de la scolarisation des enfants de M. B sur le territoire français depuis plusieurs années, le préfet de la Seine-Maritime, en l'ayant obligé à quitter le territoire français, n'a ni porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de ses enfants une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper, au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un mois, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'assignation à résidence :

8. En premier lieu, l'arrêté portant assignation à résidence, qui énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de cette décision, est par suite suffisamment motivé.

9. En deuxième lieu si M. B soutient que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'erreur de droit, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En troisième lieu, si M. B soutient que les modalités de mise en œuvre de l'assignation à résidence dont il fait l'objet l'empêchent de travailler et de subvenir aux besoins de sa famille, il ne justifie en tout état de cause d'aucun élément relatif à l'exercice d'une activité professionnelle. En outre, sont sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence les circonstances, invoquées par le requérant, relatives aux conséquences de son éloignement sur sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant assignation à résidence sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 1er mai 2024 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée quarante-cinq jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Merhoum et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. C

La greffière,

Signé

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2401723, 2401724

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