mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401737 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | SOUTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, M. A D, représenté par Me Souty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.
Il soutient que les décisions attaquées :
- sont insuffisamment motivées ;
- ont été signées par une autorité incompétente ;
- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. I comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 7 mai 2024, après la présentation du rapport :
- la partie présente a été informée de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 18 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination, eu égard à leur tardiveté ;
- ont été entendues les observations de Me Souty, pour M. D, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; qui ajoute des conclusions tendant à l'annulation d'une décision implicite du 2 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français ; qui soutient à cet égard que, la décision portant obligation de quitter le territoire français du 18 novembre 2022 n'était plus exécutoire à la date de l'arrêté du 2 mai 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'elle lui était antérieure de plus d'un an et ne pouvait justifier le placement en rétention administrative de l'intéressé afin d'en assurer l'exécution, sans préjudice des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile résultant de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 qui ne sont pas applicables dans l'hypothèse où l'obligation de quitter le territoire français en cause est antérieure à l'entrée en vigueur de cette loi ; qui soutient qu'ainsi, l'autorité préfectorale a implicitement mais nécessairement, en interdisant au requérant le retour sur le territoire français le 2 mai 2024, pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français ; qui soutient que cette décision implicite est insuffisamment motivée ; qui soutient que cette décision implicite ainsi que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. D et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qui précise que M. D entretient une relation avec une ressortissante française, qui est enceinte et qu'il appartenait au préfet, informé de ces éléments, de solliciter de sa part et de le mettre à même de produire des éléments complémentaires quant à cette situation ;
- eu égard aux conclusions formées à l'audience par Me Souty, pour M. D, tendant à l'annulation d'une décision implicite du 2 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français, la partie présente a également été informée de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de ces conclusions, dès lors que la décision ainsi attaquée n'existe pas ;
- et ont enfin été entendues les observations de M. D, assisté de M. C, interprète, qui indique notamment qu'il a rencontré sa compagne depuis cinq mois et que celle-ci est enceinte depuis deux mois et demi, qu'il va bientôt passer un entretien d'embauche et qu'il est venu en France pour travailler afin de subvenir aux besoins de ses parents restés en Tunisie.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien né le 27 juillet 1994, déclare être entré en France en 2022. Par un arrêté du 18 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D est maintenu sur le territoire et, le 1er mai 2024, a été placé en garde à vue pour des faits de violences volontaires. Il a fait l'objet, à cette occasion, d'une vérification de son droit de circulation et de séjour. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. D demande l'annulation des arrêtés du 18 novembre 2022 et du 2 mai 2024 ainsi que d'une décision implicite du 2 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la recevabilité :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 18 novembre 2022, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a notamment prononcé à l'encontre de M. D une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été notifié à l'intéressé le même jour. Par suite, ses conclusions contre cet arrêté, formées au terme de sa requête du 3 mai 2024, soit au-delà du délai de quinze jours qui lui était imparti pour en solliciter l'annulation, sont irrecevables.
4. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, par l'intermédiaire de son conseil lors de l'audience publique, la décision par laquelle l'autorité préfectorale interdit à un ressortissant étranger le retour sur le territoire français, fondée en l'espèce sur les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la seule circonstance que l'intéressé s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé pour l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, n'est en aucun cas susceptible de faire naître ou de révéler une nouvelle décision, implicite, portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions dirigées contre une telle décision en l'espèce, qui n'a aucune existence, sont irrecevables. Au surplus, par ailleurs, contrairement encore à ce qui est soutenu, si l'écoulement d'une certaine durée depuis l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français est susceptible de priver l'autorité préfectorale de la possibilité de prendre à l'encontre de l'étranger qui en fait l'objet certaines mesures visant à en assurer l'exécution, cette décision, dès lors qu'elle n'est pas rapportée par l'autorité administrative ou annulée par le juge administratif, ne perd en aucun cas, au motif qu'une telle durée se serait écoulée depuis son édiction, son caractère exécutoire.
Sur la légalité de l'arrêté du 2 mai 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
5. En premier lieu, par un arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du 22 mars 2024, le préfet du département a donné délégation à Mme H E, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer notamment les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement de M. J F, directeur des migrations et de l'intégration et de Mme B G, cheffe du bureau de l'éloignement. Il n'est pas établi ni même allégué que ces deux personnes n'étaient ni absentes ni empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans d'un an, est par suite suffisamment motivé.
7. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime, à qui il n'appartenait ni de mentionner l'intégralité des éléments propres à la situation personnelle de M. D ni de prendre des mesures particulières afin de le mettre à même de démontrer, avant l'adoption de la décision en litige, la réalité de ses allégations quant à cette situation, a procédé à un examen particulier de celle-ci. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. M. D, qui déclare être entré en France moins de deux ans avant la décision attaquée, n'établit pas y disposer d'attaches familiales et n'y fait état d'aucune insertion particulière. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 novembre 2022, soit quelques mois seulement après son entrée déclarée sur le territoire, qu'il n'a pas exécutée. S'il soutient qu'il vit en couple avec une ressortissante française et que celle-ci serait enceinte, il ne l'établit pas et, en tout état de cause, cette relation et cette grossesse demeuraient très récentes à la date de la décision attaquée, dont l'intéressé pourra, s'il s'y croit fondé, solliciter l'abrogation dans l'hypothèse où interviendrait un changement de circonstance de nature à la justifier. Dans ces conditions, en ayant interdit à M. D le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Vincent Souty et au préfet de la Seine-Maritime.
Lu en audience publique le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
A. I
La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026