vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
I./ Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024 sous le n° 2401757, Mme A C, représentée par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable un an, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle, à titre subsidiaire, de mettre la même somme à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à être entendu ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant, et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.
II./ Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024 sous le n° 2401758, M. B F C, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable un an, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle, à titre subsidiaire, de mettre la même somme à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à être entendu ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant, et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2024.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente ;
- et les observations de Me Kaltoum Gachi substituant Me Elatrassi, représentant M. et Mme C.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
Une note en délibéré a été enregistrée le 24 septembre présentée pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 29 novembre 1986 et M. B C, ressortissant algérien né le 16 juin 1984, sont entrés régulièrement sur le territoire français le 11 janvier 2018 sous couvert de leur passeport national revêtu d'un visa C de court séjour valable pour une durée maximum de trente jours. Le 8 novembre 2023, ils ont sollicité leur admission au séjour auprès des services de la préfecture de la Seine-Maritime sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par arrêtés en date du 20 décembre 2023, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé leur admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de ces mesures d'éloignement.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2401757 et 2401758, qui tendent à l'annulation de décisions du même jour, ayant le même objet et visant des personnes d'une même famille, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, par suite, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :
3. Par un arrêté n° 23-03 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, pour signer les décisions de refus de séjour et d'éloignement attaquées contenues dans les arrêtés du 20 décembre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
4. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés attaqués que, pour rejeter les demandes d'admission au séjour de M. et Mme C, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les stipulations de l'accord franco-algérien, notamment le 5° de l'article 6, ainsi que sur les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les arrêtés exposent la situation personnelle et familiale des requérants et ajoutent que M. et Mme C disposent de proposition d'embauche ne permettant pas de justifier de manière suffisante de leur intégration en France. Les arrêtés en litige énoncent ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions refusant un titre de séjour à M. et Mme C. Ces considérations sont suffisamment développées pour avoir mis les requérants à même d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Il ne ressort pas plus des pièces des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle des requérants. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses, ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de leur situation, ne peuvent qu'être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. et Mme C soutiennent qu'ils sont entrés régulièrement sur le territoire français avec leurs filles en 2018, que leur troisième enfant est né en France la même année, que les trois enfants sont régulièrement scolarisés et justifient d'une bonne intégration scolaire et pratiquent des activités périscolaires, qu'ils parlent couramment français, qu'ils présentent chacun une promesse d'embauche et que Mme C a retrouvé plusieurs membres de sa famille en France. Toutefois, M. et Mme C ont vécu jusqu'à l'âge de trente et un et trente-trois ans en Algérie et aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la famille se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour des intéressés sur le territoire français, ainsi qu'à leur insertion professionnelle, le moyen tiré de ce que les décisions contestées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ces décisions sur la situation personnelle des requérants, doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
9. Ainsi qu'il a été exposé au point 4, eu égard à la situation irrégulière de M. et Mme C, les décisions en litige n'ont pas pour effet de séparer les enfants des requérants de leurs deux parents. En outre, les intéressés n'établissent ni même n'allèguent que leurs enfants mineurs, nés en 2011, 2016 et 2018, de nationalité algérienne, ne pourraient pas être scolarisés en Algérie. Dès lors, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées en tant que salarié, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France à titre exceptionnel, soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.
11. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
12 Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, les décisions portant refus d'admission au séjour, et refusant aux requérants une mesure de régularisation à titre discrétionnaire, ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance.".
14. M. et Mme C soutiennent que le préfet aurait dû, préalablement à l'examen de leur demande, saisir la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 432-13 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il résulte des dispositions de cet article, applicable aux ressortissants algériens, que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées à cet article, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. et Mme C ne remplissent pas les conditions prévues par les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de soumettre la situation de M. et Mme C à la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure pourra donc être écarté.
15. En dernier lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, ce moyen, qui est inopérant, ne peut être accueilli.
16. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant refus d'admission au séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
18. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que les décisions de refus de titre de séjour sont suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
20. Le droit d'être entendu, relevant des droits de la défense, consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français comme la décision fixant le pays de destination découlent nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur celle fixant le pays de destination, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
21. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des mesures contestées. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
22. M. et Mme C ont sollicité le 8 novembre 2023 un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Si M. et Mme C n'ont pas été reçus personnellement en préfecture, ils ont été mis à même d'apporter à l'administration au cours de l'examen de leur demande, toutes précisions utiles sur leur situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le principe des droits de la défense aurait été méconnu doit être écarté.
23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. et Mme C.
24. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les décisions litigieuses ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée familiale des intéressés et garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
25. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les décisions litigieuses ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant.
26. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour des intéressés sur le territoire français, ainsi qu'à leur situation professionnelle, personnelle et familiale, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur la situation personnelle de M. et Mme C doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
27. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précisent que les pays à destination desquels les intéressés sont susceptibles d'être éloignés sont ceux dont ils ont la nationalité ou tout autre pays dans lequel ils sont légalement admissibles à l'exception des Etats membres de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein de la Norvège et de la Suisse. Elles comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là, que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.
28. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
29. M. et Mme C ne font valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité des risques qu'ils allèguent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
30. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les décisions litigieuses ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée familiale des intéressés et garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
31. En dernier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tenant à l'illégalité des décisions fixant le pays de renvoi en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes de M. et Mme C aux fins d'annulation des arrêtés du 20 décembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le jugement sera notifié à Mme A C, à M. B C, à Me Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Armand, premier conseiller,
M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
L'assesseur le plus ancien,
G. ARMAND
La présidente-rapporteure,
C. VAN MUYLDERLa greffière,
A. HUSSEIN
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2401757, 2401758 ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026