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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401763

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401763

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, M. B C, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour " salarié " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de Me Boyle, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Les décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

- ont été signées par une autorité ne disposant pas d'une délégation à cette fin ;

- sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant fixation du délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'erreur d'appréciation au regard de ses attaches personnelles et familiales ainsi que de son insertion dans la société française.

- les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant l'existence d'un autre motif de régularisation, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose d'une promesse d'embauche ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est infondée et disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu :

- la décision d'admission à l'aide juridictionnelle totale du 10 avril 2024 ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Niakate, représentant M. C.

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 31 décembre 1983 est entré en France en 2017, selon ses déclarations. Après le rejet de sa demande d'asile et de sa demande de réexamen, il fait l'objet, le 29 mars 2019, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français auquel il ne s'est pas conformé. Le 26 octobre 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre du travail, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 31 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions litigieuses ont été signées par Mme F G qui disposait, en qualité de directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature du préfet du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2023-009 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les article 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, y mentionne, notamment, sa situation administrative ainsi que sa vie privée et familiale. L'arrêté fait état de ce que le requérant n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté indique que M. C a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2019 et précise, au visa des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il y a lieu de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois. Enfin, le préfet ayant accordé à M. C un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne méconnaît pas le 2° de l'article 7 de la directive " retour ", il n'était pas tenu de motiver spécifiquement cette décision dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que le requérant avait formulé une demande tendant à ce qu'un délai plus long lui soit accordé. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses, doit être écarté en toutes ses branches.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant d'édicter l'arrêté en litige. Le moyen soulevé en ce sens doit, par conséquent, être écarté.

5. En quatrième lieu, M. C fait valoir que les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Toutefois, M. C ne peut utilement se prévaloir de sa durée de séjour, laquelle résulte, au moins partiellement, de ce qu'il ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2019. Si l'intéressé se déclare marié à Mme D A, compatriote ivoirienne née en 1998, demandeuse d'asile, cette situation matrimoniale alléguée n'est pas démontrée. La vie commune serait, en tout état de cause, récente, Mme A n'étant entrée en France qu'en juillet 2023. De la même manière, le divorce prononcé avec sa seconde épouse, Mme E C, demeurée en Côte-d'Ivoire, n'est pas établi. En outre, en tout état de cause, M. C ne conteste pas être dépourvu de charge de famille sur le territoire national. Si l'intéressé peut se prévaloir d'une amorce d'insertion professionnelle dans le domaine de la menuiserie, ainsi que l'établissent les bulletins de salaire et les contrats à durée déterminée afférents, cette circonstance ne suffit pas à démontrer qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale, pas plus qu'elle ne caractérise, à elle seule, un motif exceptionnel ou des circonstances humanitaires de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime n'pas entaché les décisions contenues dans l'arrêté litigieux d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ou sur ses conditions d'existence et d'insertion dans la société française.

6. En dernier lieu, M. C ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2019, ainsi qu'il a été dit précédemment. Dans ces conditions, et quoiqu'il justifie d'une insertion professionnelle et ne représente pas une menace pour l'ordre public, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois, édictée par le préfet de la Seine-Maritime, ne présente pas de caractère disproportionné.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet de la Seine-Maritime. Ses conclusions formées à cette fin doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Boyle et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2401763

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