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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401764

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401764

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour " salarié " ou " salarié temporaire " ou " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Bidault la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Par une ordonnance en date du 20 juin 2024, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 2 juillet 2024, a été reportée au 5 juillet 2024, à douze heures.

Un mémoire, présenté pour Mme A le 15 juillet 2024, a été enregistré, sans être communiqué.

Vu :

- la décision du 10 avril 2024 par laquelle Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bouvet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 1er février 1976, déclare être entrée en France le 1er mai 2023, munie de son passeport et d'un titre de séjour italien et accompagnée de son fils mineur. Le 9 août 2023, elle a présenté une demande d'admission au séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'articles L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 5 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination. Mme A demande, à titre principal, l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision litigieuse, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "entrepreneur/ profession libérale" s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; () Pour l'application du présent article, sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance et sont appréciées au regard des conditions de logement. () ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. () ".

4. Par la production de ses bulletins de salaire établis au titre du travail accompli durant la période comprise entre les mois d'août et décembre 2023 pour le compte de l'association " Util'Emploi ", Mme A, titulaire d'une carte de résident longue durée UE délivrée par les autorités italiennes, justifie, contrairement à ce que soutient l'administration, de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille. Toutefois, en se bornant à produire un contrat de travail à durée déterminée conclu le 7 août 2023 et dont l'expiration est fixée au 31 août 2023, ainsi qu'une attestation de l'association précitée faisant état de ce qu'elle est employée " sous contrat de mise à disposition, sur des missions mensuellement renouvelables ", la requérante ne justifie pas du caractère stable de ses ressources, au sens des dispositions précitées de l'article L. 426-11, alors, au surplus, que sa rémunération mensuelle durant la période considérée présente d'importantes fluctuations. En outre, et en tout état de cause, la requérante ne justifie pas être titulaire d'une autorisation de travail, exigée par les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point n°3 pour se voir délivrer un titre de séjour " travailleur temporaire ". Par suite, l'erreur de droit alléguée manque en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais susvisé : " () / 321. La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention "travailleur temporaire" sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV. () ". Aux termes de l'article 5 de la convention franco-sénégalaise susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : 1. D'un certificat de contrôle médical établi dans les deux mois précédant le départ et délivré : - en ce qui concerne l'entrée en France, par le consulat de France compétent, après un examen subi sur le territoire sénégalais devant un médecin agréé par le consulat en accord avec les autorités sénégalaises ; () 2. D'un contrat de travail visé par le Ministère du Travail dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil. ".

6. Mme A ne justifie ni du contrat de travail visé, ni du certificat de contrôle médical exigés par les dispositions de l'article 5 de la convention franco-sénégalaise. En outre, son métier d'agent de soin ne figure pas à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais, introduite par l'avenant du 25 février 2008, à l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 susvisé. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour n'est entachée d'aucune méconnaissance des dispositions du paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Si Mme A fait valoir qu'elle réside depuis trois ans, avec son fils, en France, il ressort de ses propres écritures qu'elle a indiqué être entrée pour la première fois sur le territoire national, le 1er mai 2023 de sorte qu'il doit être tenu pour établi qu'elle y résidait depuis moins d'un an, à la date d'adoption de la décision contestée. L'intéressée ne produit aucun élément de nature à justifier de l'âge de son fils, ni plus que de la présence de ce dernier, sur le territoire national. Si elle peut valablement se prévaloir d'une insertion professionnelle en France, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent, doivent être écartés.

9. En dernier lieu, au regard des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, ne ressort pas des pièces du dossier.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant tous été écartés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point n°8, la requérante ne justifie pas même de la présence en France de son fils, ni de l'âge de ce dernier, qu'elle présente comme mineur. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

13. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi forcé de cette mesure d'éloignement. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté litigieux. Par suite, les conclusions formées par Mme A à cette fin doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2401764

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