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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401765

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401765

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, M. B C, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour " salarié " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, et au bénéfice de Me Boyle, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Les décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

- ont été signées par une autorité ne disposant pas d'une délégation à cette fin ;

- sont insuffisamment motivées ;

- le fondement légal du refus de séjour est erroné ;

- le refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- le refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu :

- la décision d'admission à l'aide juridictionnelle totale du 10 avril 2024 ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Niakate, représentant M. C.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 8 août 1987 est entré en France en octobre 2022, selon ses déclarations. Il fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français notifié le 27 août 2023, annulé par le tribunal de céans à une date non spécifiée. Dans le cadre du réexamen de sa situation, enjoint par le tribunal, M. C s'est prévalu de sa situation professionnelle. Par l'arrêté litigieux du 8 décembre 2023, le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions litigieuses ont été signées par Mme E qui disposait, en qualité de secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, d'une délégation de signature du préfet du 23 août 2022, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qui le composent. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. L'article L. 435-1 précité, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. M. C fait valoir qu'il est présent depuis octobre 2022 en France, où il travaille. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été embauché, à compter du 28 novembre 2023, en tant que mécanicien, sous contrat à durée indéterminée à temps partiel conclu avec la société Givernon Tourisme, le 25 novembre 2023. En outre, l'intéressé se prévaut d'une promesse d'embauche établie le 25 octobre 2023, par la même société, pour travailler, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de mars 2024 à novembre 2024 " minimum ". M. C ne peut utilement se prévaloir de l'avenant à son contrat de travail établi le 1er juin 2024 par la société Givernon Tourisme, qui est postérieur à la décision contestée. Même si le requérant se prévaut de la transmission, le 5 juillet 2023, d'une demande d'autorisation de travail effectuée par son employeur aux services de la préfecture, il n'a, toutefois, pas présenté l'avis médical recueilli suite au contrôle médical, nécessaire pour l'obtention d'un titre de séjour selon les dispositions précitées. Par suite, le préfet n'a, en tout état de cause, pas méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

7. Si M. C se prévaut, par ailleurs, de son contrat à durée indéterminée conclu le 25 novembre 2023, ainsi que des difficultés de recrutement rencontrées par son employeur dans sa spécialité, ces circonstances ne caractérisent pas, par elles-mêmes, un motif exceptionnel de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Il s'ensuit que le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, à ce titre.

8. En dernier lieu, M. C fait valoir que les décisions sont entachées d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Toutefois, si le requérant se déclare en couple avec Mme A D, compatriote marocaine née en 1999, en situation régulière, il ne produit pas d'éléments suffisamment précis et circonstanciés permettant de justifier de l'actualité de cette relation alors qu'il a indiqué, lors de son audition devant les services du Commissariat de Police de Vernon, le 27 août 2023, être célibataire, être hébergé par une structure d'accueil d'urgence, tout en précisant " sinon, je dors chez des gens qui veulent m'accueillir ". Il est constant, en outre, à supposer sa situation de famille établie, que le couple allégué n'a pas d'enfants. Il ne peut être tenu pour établi que M. C est dépourvu d'attaches personnelles ou familiales au Maroc, pays qu'il avait quitté moins de deux ans avant l'adoption de l'arrêté contesté. Si l'intéressé peut valablement se prévaloir d'une amorce d'insertion professionnelle dans le domaine de la mécanique, cette circonstance ne suffit pas à démontrer qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale, pas plus qu'elle ne caractérise, à elle seule, un motif exceptionnel ou des circonstances humanitaires justifiant que le préfet fasse usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ainsi qu'il a été exposé au point précédent. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Eure n'pas entaché les décisions contenues dans l'arrêté litigieux d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ou sur ses conditions d'existence et d'insertion dans la société française.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet de l'Eure. Ses conclusions formées à cette fin doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2401765

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