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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401795

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401795

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLANNE PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mai et le 27 août 2024, M. A B, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " ou " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et dans les deux cas dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le mettre en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus d'admission au séjour :

*méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*est entachée d'erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand,

- et les observations de Me Zekri substituant Me Lanne, représentant M. B.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant libanais né le 25 février 1977, a déclaré être entré régulièrement en France le 3 mars 2020 sous couvert de son passeport national revêtu d'un visa de court séjour. Le 12 octobre 2023, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mars 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Eure a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. L'arrêté du 29 mars 20224 ayant été signé par le préfet de l'Eure lui-même, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

Sur la décision de refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. M. B se prévaut de sa présence en France depuis quatre années, où résident son épouse, comme lui de nationalité libanaise et qui est en situation régulière, ainsi que cinq de ses frères et sœurs de nationalité française, son père titulaire d'une carte de résident et un autre de ses frères de nationalité italienne, alors que sa mère, qui était également de nationalité française, est décédée. Retraité et bénéficiaire d'une pension depuis 2018, il fait, par ailleurs, valoir qu'il exerce depuis l'année 2022 une activité professionnelle dans le secteur de l'automobile, pour lequel il détient une qualification particulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le requérant a été employé à compter du mois d'août 2022 par la SARL Méridienne dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il y occupait un poste de technicien de maintenance, ne nécessitant aucune compétence spécifique en lien avec le diplôme de " mécanique " ou le baccalauréat " technique et électronique ", qu'il soutient avoir obtenu au Liban sans le produire. En outre, si M. B exerce les fonctions d'employé polyvalent depuis novembre 2023 auprès de la société Relais Saint Gabriel, dont il détient 50 % des parts et dans laquelle travaille également son épouse, il ne produit aucune pièce de nature à établir, ainsi qu'il le soutient, qu'il percevrait à ce titre une rémunération mensuelle brute de 1 930,88 euros. Le requérant ne justifie d'ailleurs pas de l'effectivité des liens qu'il entretient avec les membres de sa famille présents sur le territoire français, alors que son épouse ne l'a rejoint qu'en juillet 2023. Enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses quatre enfants, dont un mineur, et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, au regard de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, de ses conditions d'existence, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine, la décision refusant l'admission au séjour de M. B n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Dans l'hypothèse où il serait fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de la décision attaquée qui contient plusieurs références à la situation professionnelle du requérant, que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas examiné sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

7. D'autre part, compte-tenu de la qualification, de l'expérience et des diplômes de M. B, des caractéristiques de l'emploi auquel il a postulé, ainsi que des éléments de sa situation personnelle mentionné au point 4, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne justifiait pas de motifs exceptionnels d'admission au séjour en qualité de salarié. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. Armand

La présidente,

C. Van MuylderLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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