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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401806

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401806

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme A, ressortissante togolaise, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour "étudiant" et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'une erreur de fait, faute pour la requérante d'avoir porté à la connaissance du préfet son admission en master. Il a également substitué à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la base légale de l'article 9 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996, qui régit le séjour des étudiants togolais. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Kouassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 29 avril 2024 du préfet de la Seine-Maritime en tant qu'il a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

- la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par courrier du 19 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale opérée d'office, dès lors que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour pouvait être fondée sur l'article 9 de la convention du 31 juillet 1993 entre la République française et la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, en lieu et place de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme A a présenté des observations en réponse enregistrées le 22 septembre 2024.

Par courrier du 24 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale opérée d'office, dès lors que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour pouvait être fondée sur l'article 9 de la convention du 13 juin 1996 entre la République française et la République togolaise relative à la circulation et au séjour des personnes, en lieu et place de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 13 juin 1996 entre la République française et la République togolaise relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision n° 112451 du 14 décembre 1992 du Conseil d'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cotraud, premier conseiller.

Les parties n'était pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante togolaise née le 19 janvier 2001, est entrée en France le 15 octobre 2020, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour, portant la mention " étudiant " délivré par les autorités consulaires françaises valable du 12 octobre 2020 au 12 octobre 2021, valant titre de séjour, renouvelé jusqu'au 7 décembre 2023, et dont elle a sollicité le renouvellement le 18 octobre 2023. Par un arrêté du 29 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a notamment rejeté cette demande et fait obligation à Mme A de quitter le territoire français. Celle-ci demande l'annulation de cet arrêté dans cette mesure.

Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, si l'arrêté attaqué ne fait pas mention de l'admission de Mme A à s'inscrire, pour l'année universitaire 2023-2024, en deuxième année de master " Management et commerce international " à l'université du Havre, il ne ressort pas des pièces du dossier, faute de production de la demande de titre de séjour, qu'une telle circonstance ait été portée à la connaissance du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, soulevé en ces termes, doit être écarté.

3. En second lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 9 de la convention du 13 juin 1996 susvisée : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation dans des disciplines spécialisées qui n'existent pas dans l'État d'origine sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire () est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code applicable au litige : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire () ". Ces dispositions sont applicables aux ressortissants togolais en vertu des stipulations de l'article 13 de la convention du 13 juin 1996 précitée, en ce qu'elles régissent leur situation sur des points non traités par cet accord et ne sont pas incompatibles avec les autres stipulations de cet accord.

6. Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il est également soumis à la condition que les études en cause nécessitent le séjour du ressortissant étranger en France.

7. D'une part, il est constant que, pour l'année universitaire 2023-2024, Mme A était inscrite, au sein de l'organisme de formation dénommé Studi, en formation à distance, en MBA Marketing et développement commercial. En se fondant sur la circonstance que, s'effectuant à distance, cette formation ne nécessitait pas la présence de Mme A en France, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées. Par ailleurs, si elle indique ne pas avoir pu suivre la formation en deuxième année de master à l'université du Havre pour des raisons de santé, ceux-ci sont intervenus à compter du mois de décembre 2023 alors qu'elle devait confirmer son inscription avant le 7 juillet 2023, ce qu'elle ne démontre pas avoir fait.

8. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A alors que, ressortissante togolaise, sa situation était régie par les stipulations de l'article 9 de la convention du 13 juin 1996 susvisée. Le préfet aurait toutefois pu prendre la même décision, en vertu de la même appréciation et sans priver la requérante d'une garantie, en se fondant sur ces dernières stipulations.

9. Par suite de ce qui précède le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en tout état de cause, des stipulations précitées, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 29 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées en l'absence de moyens invoqués à leur soutien.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé : J. Cotraud

La présidente,

Signé : C. Van MuylderLe greffier,

Signé : J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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