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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401838

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401838

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2024, M. B A, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler le récépissé valant justification de son identité du 8 janvier 2024 et portant saisie de son passeport ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour et de lui restituer son passeport, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué :

o est insuffisamment motivé ;

o est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o est entaché d'erreur matérielle de faits ;

- la décision portant refus de séjour :

o est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

o méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o méconnaît les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- la décision portant saisine du passeport :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 10 avril 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 21 août 1984, déclare être entré sur le territoire français le 7 janvier 2012. Le 11 mars 2022, il a sollicité son admission au séjour. Par l'arrêté attaqué du 8 décembre 2023, le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite, notamment, les dispositions des articles L. 423-7, L. 435-1, L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. A, la présence de son enfant en France ainsi que les éléments relatifs à son insertion sur le territoire français, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen ainsi que de l'erreur matérielle de faits doivent être écartés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. M. A est père d'un enfant français né le 30 janvier 2017 et qu'il a reconnu le 29 mars 2019. Séparé de la mère de l'enfant, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Evreux, par jugement du 9 juillet 2021, a rejeté sa demande tendant à l'établissement de l'autorité parentale conjointe, a fixé la résidence de l'enfant au domicile de la mère, lui a octroyé un droit de visite et a fixé la pension alimentaire mise à sa charge à hauteur de 70 euros par mois. Au regard des attestations et des justificatifs produits, le requérant établit exercer son droit de visite et avoir versé la pension alimentaire à la mère de son enfant depuis le mois de novembre 2022, soit moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les dispositions précitées de l'article L. 421-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'établit pas l'ancienneté de sa relation avec son enfant, auquel il ne contribue effectivement à l'entretien que depuis le mois de novembre 2022. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L.432-14 ".

9. D'une part, M. A n'établit pas sa présence continue et stable sur le territoire en 2013, 2014, 2016, 2017 et 2018. Le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. D'autre part, M. A, dont les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français ont été rappelées au point n°1, fait valoir avoir été employé comme mécanicien en 2021 et 2022. Toutefois, ces circonstances sont insuffisantes pour caractériser une insertion sociale et professionnelle en France. Comme il a été énoncé au point n 5, il n'établit pas l'ancienneté de la relation qu'il entretient avec son enfant. Ainsi, M. A ne justifie pas, eu égard à sa situation personnelle de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / ()5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

12. Toutefois, comme il a été énoncé au point n°5, M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis au moins deux ans à la date de la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point n°10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision de saisie du passeport :

14. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière à qui ils remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu.

15. Par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-10 du 4 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 5 mai 2023, M. Matthieu Balourdet, secrétaire administratif de classe normale a reçu délégation en cas d'absence ou d'empêchement de M. E D, chef du bureau des migrations et de l'intégration, et/ou de Mme C G, adjointe au chef du bureau des migrations et de l'intégration, pour viser et signer, dans la limite des attributions du bureau, notamment les récépissés valant justification d'identité en application de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le récépissé de saisie de passeport en litige est au nombre de ces attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de de M. F doit être écarté, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la décision ne vise pas l'arrêté de délégation de signature.

16. En second lieu, dès lors qu'il ne résulte pas des énonciations du présent jugement que la décision d'éloignement soit entachée d'une illégalité justifiant son annulation, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation portant saisie du passeport par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'éloignement.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A, en annulation des décisions attaquées, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Matrand et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé : L.FAVRE

La présidente,

Signé : C. VAN MUYLDERLe greffier,

Signé : J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

N°2401838

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