vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mai 2024, Mme C épouse B, représentée par la SELARL Eden avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la même date, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à la SELARL Eden avocats, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.
Par le jugement n° 2401847 du 18 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal a réservé les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus d'admission au séjour du 22 janvier 2024, qui relèvent d'une formation collégiale.
Mme C soutient que la décision de refus de titre de séjour :
o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
o est entachée d'erreurs de fait substantielles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024 et des mémoires en production de pièces, enregistrés les 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une décision du 10 avril 2024, Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Vu :
- le jugement n°2401847 du 18 juin 2024 du tribunal administratif de Rouen ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- et les observations de Me Dantier, représentant Mme C.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse B, ressortissante marocaine née le 14 mars 1969, déclare être entrée sur le territoire français au mois d'août 2013 munie d'un titre de séjour espagnol, renouvelé jusqu'au 22 octobre 2023. Sa demande d'admission au séjour sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée par arrêté du 17 août 2021, confirmé par jugement du tribunal du 28 septembre 2023. Le 11 octobre 2023, Mme C a sollicité son admission au séjour sur les mêmes fondements. Par l'arrêté du 22 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté en date du 10 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours
2. Par le jugement n°2401847 du 18 juin 2024 susvisé, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a réservé les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus d'admission au séjour du 22 janvier 2024, qui relèvent d'une formation collégiale, ainsi que des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, en tant qu'elles s'y rattachent, jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal, a annulé l'arrêté du 22 janvier 2024 en tant qu'il oblige Mme C à quitter le territoire français et qu'il fixe son pays de renvoi, a enjoint au préfet compétent de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de la munir sous quinze jours, pour la durée de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour et a rejeté le surplus des conclusions de la requête n°2401847.
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de la décision attaquée, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de Mme C, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de cette dernière. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".
5. Mme C, dont les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire ont été rappelées au point n°1, fait valoir s'être mariée le 5 juin 2015 à un compatriote, titulaire d'une carte de résident expirant le 23 novembre 2028. Toutefois, titulaire d'une carte de séjour " residencia larga duracion autoriza a trabajar " délivrée par les autorités espagnoles le 16 octobre 2023 et valable jusqu'au 15 octobre 2028, la requérante n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Rien ne fait obstacle à la séparation du couple le temps de l'instruction d'une demande de regroupement familial. L'intéressée fait valoir avoir travaillé en tant qu'employée saisonnière en 2014 et employée de service à la personne de 2017 à 2019 ainsi que suivre des cours de langue française. Toutefois, ces circonstances sont insuffisantes pour caractériser une insertion sociale et professionnelle en France. Par ailleurs, l'intéressée ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident sa sœur et son frère. Dans ces conditions, nonobstant la durée de séjour de la requérante, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. Mme C ne justifie pas, eu égard à sa situation personnelle telle qu'elle a été exposée au point 5 du présent jugement, de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C, en annulation de la décision de refus d'admission au séjour du 22 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à la SELARL Eden avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé : L. FAVRE
La présidente,
Signé : C. VAN MUYLDERLe greffier,
Signé : J-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
N°2401847
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
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03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026