jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | TROFIMOFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 14 mai 2024, M. A H, assisté par Me Trofimoff, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une nouvelle période de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir ;
M. H soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- n'a pas été notifiée avec la brochure d'information prévue par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en langue géorgienne ;
- méconnaît le motif n° 33 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 dès lors que la jeune D G, née d'une précédente union de son actuelle épouse, s'est vu reconnaître le bénéfice de l'asile, est scolarisée en France et entretient des liens affectifs avec lui ;
- méconnaît l'article 5 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant l'existence de perspective raisonnable d'éloignement ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- constitue un préalable à un renvoi dans le pays d'origine en violation des principes de non-refoulement et de la prohibition des traitements inhumains ou dégradants rappelés par l'article 33 de la convention de Genève, l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 4, 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 78 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- n'exclut pas que le préfet l'autorise à travailler en application de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. B a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 16 mai 2024, après avoir présenté son rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Trofimoff, pour M. H, assistée de Mme E, interprète en langue Georgienne, qui reprend les conclusions et maintient les autres moyens de la requête,
- et les observations de M. H.
La clôture de l'instruction est intervenue à 9 h 25 à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. H, ressortissant géorgien né le 2 mars 1983, est sous le coup d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours prononcés par un arrêté du 22 février 2023 du préfet de la Seine-Maritime qui lui a été notifié le 6 mars 2023. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par le jugement n° 2301161 du 20 avril 2023. Par l'arrêté du 13 mai 2024, seul attaqué dans la présente instance, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans la commune du Havre et lui a fait interdiction de se déplacer sans autorisation administrative en dehors des territoires des communes composant la circonscription de sécurité publique du Havre.
2. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
3. En premier lieu, en vertu de l'article 5 de l'arrêté du 21 mars 2024 du préfet de la Seine-Maritime, publié au Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2024-046 du 22 mars 2024, Mme C F, cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation pour signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral attaqué reproduit les termes du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, prévoit que l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant peut être assigné à résidence. L'arrêté énonce les raisons pour lesquelles l'éloignement de M. H, dépourvu de tout document de voyage et s'étant soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français mentionnée au point 2, demeure une perspective raisonnable. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué connaîtrait des variations concernant son fondement légal n'est assorti que de la reproduction des dispositions des articles L. 741-1, L. 731-2 et R. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette argumentation, non éclaircie au cours de l'audience publique, ne comporte pas de précisions de nature à apprécier le bien-fondé du moyen invoqué.
6. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituent une formalité d'information devant intervenir après que les étrangers concernés sont assignés à résidence. Le moyen tiré de leur méconnaissance est, par suite, inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision d'assignation à résidence.
7. En cinquième lieu, la décision restrictive de liberté attaquée ne comporte, par elle-même aucune mesure d'éloignement vers une destination donnée. La décision attaquée n'est pas attaquée par invocation de moyens, soulevés par voie d'exception, articulés contre l'obligation de quitter le territoire français du 22 février 2023, en tout état de cause devenue définitive. Enfin, la décision attaquée n'a pas pour objet ni pour effet de séparer le requérant de sa famille mais au contraire de le contraindre à demeurer avec elle au Havre. Par suite, l'ensemble des moyens tirés de la méconnaissance d'un motif de la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale rappelant l'importance de l'intérêt supérieur de l'enfant, de l'article 5 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier qui rappelle le même principe, des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 instaurant un principe de non-refoulement des demandeurs d'asile, des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 4, 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 78 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne doit être écarté.
8. En dernier lieu, la circonstance que la fille âgée de 15 ans de son épouse, née d'une précédente union, serait bénéficiaire d'une protection internationale est sans portée sur la décision d'assignation à résidence qui, ainsi qu'il est dit ci-dessus, n'a pas pour objet ni pour effet de les séparer. Par suite, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie de ce seul fait.
9. Il résulte de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. H est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A H, à Me Hervé Trofimoff et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. BLe greffier,
Signé
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401850
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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