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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401896

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401896

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMONTREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, et un mémoire enregistré le 1er août 2024, M. A B, représenté par Me Montreuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de la durée d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans le délai de quinze jours, le tout sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

' la décision de refus de séjour :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

' L'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- repose sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

' La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 17 avril 2024 d'attribution de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 12 juillet 2024 fixant la clôture de l'instruction au 14 août 2024 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Montreuil, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, déclare être entré en France en janvier 2020. Par une décision du 17 novembre 2020, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par décision du 9 février 2021, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision de l'OFPRA. Le 6 septembre 2023, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de Français sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté du 12 janvier 2024 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le certificat de résidence demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n°23-109 du 18 décembre 2023, régulièrement publié le 22 décembre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine Maritime n°76-203-191, le préfet de ce département a donné délégation à M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, M. B, marié à une ressortissante française, ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 5) de l'article 6 de l'accord-franco-algérien dès lors qu'il entre dans la catégorie du 2) de l'article 6 de cet accord.

4. En second lieu, la durée de séjour, au demeurant récente à la date d'adoption de la décision contestée et résultant, au moins partiellement, de ce que le requérant ne s'est pas conformé à une précédente mesure d'éloignement en date du 17 juin 2021, ne suffit pas à caractériser un ancrage sur le territoire national. Si l'intéressé se prévaut de son mariage avec une ressortissante française célébré le 3 juin 2023, celui-ci, intervenu six mois avant l'édiction du refus de séjour, est très récent. Sa relation avec Mme C, dont il affirme sans l'établir qu'elle a pris naissance en décembre 2021, l'est également. Le couple n'a pas d'enfant. Si le requérant soutient qu'il travaille en qualité de manutentionnaire au sein d'une société de transport à Canteleu en vertu d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er octobre 2021, il ne verse que des bulletins de paie jusqu'à avril 2022. Ce dernier élément ne suffit donc pas à caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière. Enfin, il n'est pas établi que l'intéressé serait dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Au regard de ces éléments conjugués, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le refus de séjour n'étant pas entaché d'illégalité, ainsi qu'il résulte des points 3 et 4, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

6. En second lieu, pour les motifs énoncés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant ne sont pas fondés.

Sur le pays de destination :

7. La décision fixant le pays de destination ne repose pas sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité, ainsi qu'il ressort des points 5 et 6.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, au regard des éléments relatifs à la situation de l'intéressé évoquée aux points précédents, en particulier au regard d'une précédente mesure d'éloignement inexécutée, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.

10. En dernier lieu, il n'apparaît pas, compte tenu de la brève durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée, que cette mesure, fondée dans son principe, porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée d'un mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Elie Montreuil et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

signé

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2401896

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