mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401950 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision portant refus de séjour :
o n'est pas suffisamment motivée ;
o a été prise sans examen de sa situation personnelle :
o méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- La décision portant obligation de quitter le territoire français :
o n'est pas suffisamment motivée ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- La décision fixant le pays de destination :
o n'est pas suffisamment motivée ;
o a été prise sans examen de sa situation ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024 et communiqué le jour de l'audience, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 22 mai 2024 par laquelle M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les observations de Me Madeline, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité du refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment les conditions d'entrée et de séjour de M. B en France, sa nationalité, l'absence de progression et de sérieux de ses études, sa situation personnelle et l'absence de preuves que des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales seraient encourus dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision aurait été prise sans qu'ait été effectué, au préalable, un examen approfondi de la situation personnelle de M. B.
4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré régulièrement en France en septembre 2015 en qualité d'étudiant, a obtenu en 2018, avec une moyenne de 10,22/20, sa licence de Physique Sciences de l'ingénieur " génie civil " après trois ans d'études et, en 2019, avec une moyenne de 10,47/20, le master 1 " Génie Civil ". Il n'a pas validé en 2020 son master 2 " Génie civil- Génie portuaire et côtier ", ayant été regardé comme défaillant pour le stage et pour le " semestre 4 ". Si l'intéressé explique ses difficultés à trouver un stage par le contexte sanitaire lié à la pandémie de Covid-19, il n'apporte aucune pièce démontrant des efforts en ce sens pendant deux ans. S'il a pratiqué un stage entre juin et octobre 2022, au titre de l'année 2021-2022, il n'a pas présenté de rapport de stage et n'a pas validé son master 2. Il s'est inscrit à partir de l'année universitaire 2023-2024 en master 1 " Green, Social et Digital Management " auprès de l'ESI Business School, sans apporter d'éléments probants permettant de comprendre la cohérence entre cette inscription et son cursus précédent. Il en résulte que M. B, qui n'a, en huit ans d'études, validé qu'une première année de master, n'établit pas le sérieux de ses études. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en ayant refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles le préfet de la Seine-Maritime ne s'est pas prononcé. Il ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en septembre 2015 à la seule fin d'y poursuivre ses études, n'a validé en huit années qu'un master 1 de sciences de l'ingénieur dans la poursuite duquel il n'a pas exercé d'activité professionnelle. Il ne fait état d'aucune insertion sociale particulière en France ni d'aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle. Il n'est pas dépourvu de toute attache en République démocratique du Congo, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans, où il est retourné faire un stage et où il n'établit pas encourir de risques de traitements inhumains ou dégradants. En ayant refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision en litige, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs mentionnés aux points 2 et 7.
9. En deuxième lieu, M. B, qui a obtenu un délai de départ volontaire de trente jours et n'établit pas avoir demandé un délai supérieur, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant le refus d'accorder un délai de départ volontaire.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. B n'est pas entaché d'illégalité. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision en litige, du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés pour les motifs mentionnés aux points 2, 3 et 7.
12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. B et l'obligation qui lui a été signifiée de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ne sont pas entachés d'illégalité. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 24 septembre 2024.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN Le président,
P. MINNE
Le greffier,
N. BOULAY
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