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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401958

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401958

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMONTREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 mai et 7 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Montreuil, demande au juge des référés en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Seine-Maritime en date du 27 novembre 2023 rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour pour incomplétude ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- La condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il existe une présomption d'urgence s'agissant des refus de renouvellement de titre de séjour et qu'elle ne peut plus suivre la formation en BTS en alternance ni être inscrite auprès de France travail ;

- Il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

o la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

o elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dans la mesure où le contrat d'apprentissage ou l'autorisation de travail ne constitue pas un document obligatoire à fournir sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dans la mesure où la requérante s'est placée elle-même dans cette situation en ne produisant pas les pièces demandées ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- la requête, enregistrée le 21 mai 2024 sous le n° 2401974, tendant notamment à l'annulation de la décision préfectorale attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Mialon, greffier d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Van Muylder ;

- et les observations de Me Souty substituant Me Montreuil, pour Mme A, présente.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née le 16 novembre 2003, serait arrivée en France le 12 novembre 2016. Elle a bénéficié d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a sollicité le renouvellement de son titre sur ce même fondement, subsidiairement sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Par un courrier daté du 27 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande pour incomplétude du dossier faute pour l'intéressée d'avoir produit un contrat d'apprentissage ou une autorisation de travail délivrée par le service de la main d'œuvre étrangère. Mme A demande au juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Les dispositions de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 prévoient que l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement. Ainsi qu'il est dit ci-après, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour.

6. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, Mme A fait valoir d'une part, que s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, il existe une présomption d'urgence et d'autre part, qu'elle ne peut plus se voir proposer des missions d'intérim ni trouver un lieu de formation pour son BTS en alternance. Le préfet de la Seine-Maritime se borne à indiquer qu'en ne produisant pas les pièces demandées pour l'instruction de sa demande, l'intéressée s'est placée elle-même dans cette situation. Dans ces conditions, Mme A justifie d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la demande de Mme A est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.

8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, rappelées au point 4, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme A aux fins de suspension de l'exécution de la décision, en date du 27 novembre 2023, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

10. La suspension prononcée implique que le préfet de la Seine-Maritime réexamine la situation de Mme A et lui délivre durant le temps de ce réexamen, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision sur son droit au séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision en date du 27 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur l'affaire au fond.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer la situation de Mme A de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Montreuil et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 12 juin 2024.

La juge des référés,

Signé : C. VAN MUYLDER

Le greffier,

Signé : J. B. MIALONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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