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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401979

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401979

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantVIRELIZIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2024, le 3 juillet 2024 et le 10 juillet 2024 sous le n°2401979, M. C A, représenté par Me Jean-Marc Virelizier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable un an, et portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Jean-Marc Virelizier au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Jean-Marc Virelizier au versement de l'aide juridictionnelle

M. A soutient que :

' La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

' La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

' La décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

' L'ensemble des décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été reportée au 25 juillet 2024 à 12 heures par ordonnance du 10 juillet 2024.

Des pièces présentées pour M A ont été enregistrées sans être communiquées les 3 et 8 octobre 2024.

II/ Par une ordonnance du 18 juin 2024, enregistrée le 19 juin 2024, le président de la section du contentieux du conseil d'État a transmis au tribunal administratif de Rouen, sur le fondement de l'article R. 351-1 du code de justice administrative, la requête de M. C A, enregistrée le 17 mai 2024.

Par cette requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 3 juillet 2024 et le 10 juillet 2024 sous le n°2402377, M. C A, représenté par Me Jean-Marc Virelizier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable un an, et portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Jean-Marc Virelizier au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Jean-Marc Virelizier au versement de l'aide juridictionnelle

M. A soutient que :

' La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

' La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

' La décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

' L'ensemble des décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été reportée au 25 juillet 2024 à 12 heures par ordonnance du 10 juillet 2024.

Des pièces présentées pour M A ont été enregistrées sans être communiquées les 6 et 8 octobre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord de partenariat pour les migrations et la mobilité entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l'Inde signé à New Delhi le 10 mars 2018 publié par le décret n°2021-1321 du 11 octobre 2021 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Jean-Marc Virelizier, représentant M. C A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien né le 1er août 1998 à Guwahati, est entré en France le 7 août 2017 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour mention " étudiant ". Il s'est vu renouveler son titre de séjour jusqu'au 29 novembre 2023. Le 20 septembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Les requêtes n°s 2401979 et 2402377 présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application, et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation familiale, ses études et sa situation administrative. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

5. D'une part, le renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné à la justification par son titulaire, outre de ses moyens d'existence, de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir. D'autre part, ces dispositions permettent à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, à partir de l'ensemble du dossier, et sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a suivi sur l'année universitaire 2017-2018 une année de cursus sciences et technologie pour l'ingénieur pour laquelle il a été ajourné en première session puis déclaré défaillant à la seconde. Sur l'année universitaire 2018-2019, il s'est réorienté en première année de cursus physique, mécanique, physique chimie au cours de laquelle il a été déclaré défaillant sur les deux sessions. Sur l'année universitaire 2019-2020, il s'est réorienté en licence d'anglais et s'il a été déclaré défaillant pendant la première session, il a validé son année en deuxième session. Sur l'année universitaire 2020-2021, il a également été déclaré défaillant en première session et a validé sa deuxième année de licence d'anglais en deuxième session. Sur l'année universitaire 2021-2022, il a été déclaré défaillant aux deux sessions pour sa troisième année de licence d'anglais. Sur l'année universitaire 2022-2023, il s'est réorienté en troisième année de licence langues, littératures et civilisations où il a été ajourné avec 3,587 de moyenne générale sur les deux sessions. Pour l'année universitaire 2023-2024, il s'est inscrit en première année de licence de mathématiques, ainsi qu'en première année de BUT génie civil. M. A soutient qu'il a validé 8 crédits au premier semestre sur l'année universitaire 2017-2018 et qu'il justifie d'une détermination et d'une motivation dans la poursuite de ses études notamment eu égard aux deux années de licence d'anglais qu'il a validées. Toutefois, le requérant ne démontre pas l'existence d'une cohérence dans ses réorientations et son projet professionnel. En outre, M. A ayant validé en définitive deux années d'études en six ans de présence en France, ayant été déclaré défaillant à de multiples reprises, n'ayant pas démontré de progressions sur l'année universitaire 2022-2023, ne justifie pas le sérieux des études qu'il déclare accomplir. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, comme énoncé au point n°3, la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. La décision portant obligation de quitter le territoire, qui a été prise en raison de l'existence d'un refus de séjour, n'a dès lors pas à faire l'objet d'une motivation distincte en vertu du 3° de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que l'intéressé n'établit ni n'allègue être exposé à la torture ou à des traitements contraires aux stipulations de la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur l'ensemble des décisions :

13. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

14. M. A soutient qu'il vit en concubinage, qu'il s'est investi dans le milieu associatif et qu'il a développé de nombreuses amitiés en France. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation de sa concubine ainsi que du contrat de location qu'il produit qu'ils vivent en concubinage depuis deux ans, ces éléments ne suffisent pas à établir l'existence d'une communauté du vie ancienne et stable. De plus, il est constant que le requérant n'a pas d'enfant à charge. En outre, il n'établit pas être dépourvu de tout lien familial dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Par ailleurs, les treize attestations de connaissances qu'il produit, au demeurant postérieures aux décisions litigieuses et en majorité peu circonstanciées, ne permettent pas d'établir qu'il serait socialement intégré en France. Dans ces conditions, et alors même que le requérant démontre une certaine insertion professionnelle puisqu'il a travaillé ponctuellement en 2019 et 2020, puis de janvier 2021 à décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise en prenant l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A a doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Jean-Marc Virelizier et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Colin Bouvet, premier conseiller,

M. Robin Mulot, premier conseiller.

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La présidente- rapporteure,

signé

A. B

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. BOUVETLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2401979 et 2402377

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