mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401992 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. B A, représenté par Me Launois, demande au tribunal en application du II de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation :
1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui attribuer un logement en application de la décision de la commission de médiation du département de la Seine-Maritime du 27 septembre 2023, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il est recevable à déposer la présente requête dès lors que le délai de six semaines imparti à la préfecture, à partir de la décision favorable de la commission de médiation, a été dépassé ;
- il n'a toujours pas d'hébergement stable et vit à la rue ;
- la carence du préfet lui cause un préjudice personnel, matériel et moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que M. A n'a effectué aucune démarche auprès du service intégré d'accueil et d'orientation de Seine-Maritime et n'a, de ce fait, pas été inscrit sur la liste d'attente d'un dispositif d'insertion du comité technique unique.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2024 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rouen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier, le rapport de Mme Van Muylder.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a saisi la commission de médiation de la Seine-Maritime le 23 mai 2023 d'un recours amiable en vue de l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement foyer ou une résidence hôtelière. Par une décision du 28 juin 2023, la commission de médiation a rejeté le recours amiable formé par M. A. L'intéressé a formé un recours gracieux le 18 août 2023 auprès de la commission de médiation. Par une décision du 27 septembre 2023, la commission de médiation du département de la Seine-Maritime a abrogé sa décision précédente et a reconnu M. A comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Le requérant demande au tribunal d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui attribuer un logement en application de la décision de la commission de médiation du 27 septembre 2023.
2. Aux termes de l'article L 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " II.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n'a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l'article L. 300-2. / Pour les seules astreintes prononcées après le 1er janvier 2016, tant que l'astreinte n'est pas liquidée définitivement par le juge, le versement de l'astreinte au fonds est effectué deux fois par an, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l'astreinte est due en application du jugement qui l'a prononcée. Toute astreinte versée en application du jugement la prononçant reste acquise au fonds. Lorsque l'astreinte a été liquidée définitivement, le versement du solde restant dû, le cas échéant, est effectué dans le mois qui suit la notification de la décision de liquidation définitive ".
3. Aux termes de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation : " () Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation (). Toutefois, si la commission préconise un accueil dans un logement de transition ou dans un logement-foyer, le délai est porté à trois mois ".
Sur la demande d'injonction :
4. Le juge administratif, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation d'une demande tendant à ce qu'il ordonne l'hébergement d'une personne dont la commission de médiation a estimé qu'elle est prioritaire, doit y faire droit s'il constate qu'il n'a pas été proposé à cette personne une place dans une structure d'hébergement, sauf lorsque l'administration apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu.
5. Par une décision du 27 septembre 2023, la commission de médiation du département de la Seine-Maritime a reconnu M. A comme étant prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale (CHRS). D'une part, il est constant que le requérant n'a pas reçu d'offre de relogement en dépit de l'expiration du délai de 6 semaines prévu à l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que sa situation ait évolué depuis l'intervention de la décision de la commission de médiation de la Seine-Maritime. Si le préfet fait valoir que M. A n'aurait effectué aucune démarche auprès du service intégré d'accueil et d'orientation de Seine-Maritime et n'a, de ce fait, pas été inscrit sur la liste d'attente du dispositif d'insertion du comité technique unique, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier produit par le requérant, qu'il s'est réinscrit auprès du carrefour des solidarités, service d'accueil et d'orientation de Petit Quevilly. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'assurer l'accueil de M. A dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur l'astreinte :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'assortir d'office cette injonction d'une astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement. Le montant de cette astreinte doit être fixé, en tenant compte de tous les éléments du dossier, à la somme de 50 euros par jour de retard, à compter du 1er septembre 2024.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 alinéa de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime d'assurer l'accueil de M. B A dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement de 50 euros par jour de retard à compter du 1er septembre 2024.
Article 2 : Les sommes dues en exécution de l'article 1er ci-dessus doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La magistrate désignée,
C. VAN MUYLDER
Le greffier,
J-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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