jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402006 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. B C, représenté par Me Jeddi, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine auprès du commissariat de Forges-les-Eaux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'une durée d'un an l'interdiction de son retour sur le territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision d'assignation à résidence :
*a été prise par une autorité incompétente ;
*est insuffisamment motivée ;
*est dépourvue de base légale ;
*a été prise sans qu'il soit informé de ses droits et obligations ;
*méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en l'absence de perspectives d'éloignement.
- la décision de prolongation de l'interdiction de retour :
*est insuffisamment motivée ;
*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 27 mai 2024, ont été entendus le rapport de M. Armand, magistrat désigné, et les observations de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, qu'il réside en France depuis 10 ans et qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée, Me Jeddi n'étant pas présente et le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R.776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 28 novembre 1980, a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2013. Par un arrêté du 8 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le requérant demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine auprès du commissariat de Forges-les-Eaux et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'une durée d'un an son interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l'assignation à résidence :
2. En premier lieu, en vertu de l'arrêté du 21 mars 2024 du préfet de la Seine-Maritime, publié au Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine Maritime n° 76-2024-046 du 22 mars 2024, Mme A D, cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation pour signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision querellée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Elle est donc suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. () ". L'article R. 732-5 du même code précise que : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. "
5. Il résulte des dispositions précitées que la formalité relative aux droits et obligations de l'étranger assigné à résidence est une formalité postérieure à l'édiction de la décision. Dès lors, le vice de procédure invoqué par le requérant doit, en tout état de cause, être écarté comme étant inopérant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 2° du VI de l'article 72 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 : " () IV. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, () [entre] en vigueur à une date fixée par décret en Conseil d'Etat, et au plus tard le premier jour du septième mois suivant celui de la publication de la présente loi. Ces dispositions s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur () ".
7. Il résulte des dispositions transitoires de la loi du 26 janvier 2024 énoncées en son article 86, que les nouvelles dispositions permettant à l'autorité administrative d'assigner à résidence un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant sont immédiatement applicables aux décisions prises dès l'entrée en vigueur de la loi et que ces dispositions législatives ou règlementaires nouvelles ont par principe vocation à s'appliquer aux situations en cours.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 8 septembre 2022, soit moins de trois ans avant l'édiction de la décision du 23 mai 2024 l'assignant à résidence. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 7, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrête prononçant cette assignation à résidence doit donc être écarté.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est dépourvu de documents de voyage en cours de validité, ne peut quitter immédiatement le territoire français, mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
Sur la prolongation de l'interdiction de retour :
10. En premier lieu, la décision querellée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Elle est donc suffisamment motivée.
11. En second lieu, M. C soutient qu'il réside en France depuis 2013, où vit son oncle et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, il est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident sa mère et ses quatre frères. Dans ces conditions, la décision prolongeant l'interdiction de son retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le magistrat désigné,
G. ARMANDLa greffière,
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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