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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402011

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402011

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantDERBALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2024 et une pièce enregistrée le 27 mai 2024, M. A D, représenté par Me Derbali, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

*est insuffisamment motivée ;

*méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision d'assignation à résidence :

*a été prise par une autorité incompétente ;

*méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en l'absence de perspectives d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 27 mai 2024, ont été entendus le rapport de M. Armand, magistrat désigné, et les observations de Me Derbali, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et fait valoir, en outre, que le requérant dispose d'attaches familiales sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant arménien né le 10 mai 1997, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 10 mai 2023 confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 12 octobre 2023. Il demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions mentionnées au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

4. En premier lieu, en vertu de l'arrêté du 21 mars 2024 du préfet de la Seine-Maritime, publié au Recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine Maritime n° 76-2024-046 du 22 mars 2024, Mme B C, cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration, a reçu délégation pour signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. Il ressort des pièces que M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 28 juillet 2023. Par un jugement du 28 août 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours introduit par le requérant contre cet arrêté. Il est constant que M. D n'a pas exécuté cet arrêté dans le délai qui lui était imparti. S'il est dépourvu de documents de voyage en cours de validité, et ne peut donc quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour :

7. En premier lieu, la décision querellée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Elle est donc suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

9. M. D, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ne justifie pas de la réalité et de l'actualité des menaces qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine. S'il se prévaut de la présence sur le territoire français de son frère, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Arménie où réside sa mère et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées.

10. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Derbali et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

G. ArmandLa greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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