mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 mai et 1er juin 2024, M. A C doit être regardé comme demandant au juge des référés en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un récépissé de sa demande sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dans la mesure où il compte voyager du 10 au 13 juin en Algérie pour des raisons familiales puis en juillet en Italie et que l'absence de récépissé l'empêche de voyager librement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision :
o elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dans la mesure où le requérant peut justifier de la régularité de son séjour par la présentation de son certificat de résidence expirée jusqu'à trois mois à compter de la date d'expiration ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- la requête enregistrée le 27 mai 2024 sous le n° 2402024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Mialon, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Van Muylder, juge des référés ;
- les observations de M. B qui reprend ses écritures, précise ses conclusions comme demandant la suspension de la décision litigieuse, fait valoir qu'il ne peut pas justifier d'un dépôt d'une demande de renouvellement de titre de séjour faute d'attestation par les services de la préfecture, qu'il ne pourra pas obtenir de visa avant le 13 juin 2024 pour revenir sur le territoire français et que les articles L. 433-3 et R. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas opposables aux compagnies aériennes en Algérie et aux autorités algériennes.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 21 octobre 1981, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 10 mai 2014 au 9 mai 2024, a sollicité le renouvellement de son titre le 9 mars 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un récépissé de sa demande de certificat de résidence algérien.
Sur la demande fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1o L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2o à 8o de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; (). ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Aux termes de l'article L. 433-3 de ce code : " Lorsque l'étranger titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de quatre ans, d'une carte de résident ou d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an prévu par une stipulation internationale en demande le renouvellement, il peut justifier de la régularité de son séjour entre la date d'expiration de ce document et la décision prise par l'autorité administrative sur sa demande par la présentation de la carte ou du titre expiré, dans la limite de trois mois à compter de cette date d'expiration. () Pendant les périodes définies au présent article, l'étranger conserve l'intégralité de ses droits sociaux ainsi que son droit d'exercer une activité professionnelle. ". Aux termes de l'article R. 433-3 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 433-3, l'étranger peut justifier de ses démarches en vue du renouvellement de la carte de résident dont il est titulaire par la présentation d'une attestation de dépôt de sa demande de renouvellement. Cette attestation est délivrée par les services qui ont reçu la demande. Elle vaut convocation pour la remise du titre de séjour sollicité. "
5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B, qui a déposé dans les délais sa demande de renouvellement de certificat de résidence, s'est vu refuser la délivrance d'un récépissé pendant l'instruction de sa demande. Le préfet fait valoir en défense que l'intéressé peut justifier de la régularité de son séjour pendant trois mois après l'expiration de son titre, c'est-à-dire jusqu'au 9 août 2024, en application des dispositions de l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que M. B projette un voyage en Algérie du 10 au 13 juin 2024 pour lequel il produit à l'instance les copies des billets d'avion et d'autre part, que la procédure d'instruction d'un visa, nécessaire en l'absence de la possibilité de justifier du dépôt de sa demande de titre faute d'attestation délivrée par les services préfectoraux, ne lui permettra pas de revenir sur le territoire français le 13 juin 2024 eu égard au délai d'instruction des visas, ainsi que cela ressort des pièces produites au dossier. Dans ces conditions, et alors que le préfet ne conteste pas cette circonstance, la condition d'urgence est remplie.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de délivrance d'un récépissé :
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 4 est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de délivrance d'un récépissé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ".
8. En vertu de ces dispositions, la présente ordonnance implique que le préfet de la Seine-Maritime, qui ne conteste pas le caractère complet du dossier de M. B, délivre le récépissé de la demande de renouvellement de carte de résident jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur le litige ou sur la demande de renouvellement. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder à cette délivrance dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
10. Si M. B présente des conclusions sur le fondement des dispositions rappelées au point précédent, et fait valoir qu'il a consacré du temps de travail qu'il n'a pas pu facturer à un client, il n'établit toutefois pas avoir exposé de frais au sens de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Sa demande ne peut dès lors qu'être rejetée.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de la Seine-Maritime refusant de délivrer à M. B un récépissé de sa demande de renouvellement de certificat de résidence est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à M. B un récépissé de sa demande de renouvellement de certificat de résidence dans le délai de 48 heures à compter de la notification, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Rouen, le 4 juin 2024.
La juge des référés
C. VAN MUYLDER
Le greffier,
J.-B. MIALONLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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