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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402028

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402028

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantMONTREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 mai et 8 juin 2024, M. E D, représenté par Me Montreuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et son inscription au fichier des personnes recherchées, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par deux mémoires en défense enregistrés le 11 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 juin 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen, d'ordre public, tiré du défaut de base légale de l'arrêté attaqué du 7 mai 2024 du préfet de la Seine-Maritime, dès lors qu'il est intervenu avant la notification de l'arrêté du 29 avril 2024 du même préfet, portant refus de titre de séjour. Il a ensuite entendu les observations de Me Montreuil, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et s'est approprié le moyen d'ordre public relevé d'office. Il a souligné l'objectif de réinsertion poursuivi par les condamnations prononcées à l'encontre de M. D, que remet en cause l'arrêté attaqué. Ont également été entendues les observations de M. D, qui a apporté des précisions quant au contexte dans lequel les faits ayant donné lieu à des condamnations criminelles se sont déroulés et à son comportement en détention. Ont enfin été entendues les observations de M. A D, son frère, qui a souligné l'absence d'attaches au Maroc et a rappelé le soutien apporté par sa famille, tant en détention qu'en prévision de sa libération.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 12 h 02, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant marocain né le 12 juillet 1977, est entré au cours de l'année 1986 sur le territoire français. Il s'est vu délivrer une carte de résident valable du 27 novembre 1995 au 26 novembre 2005. Alors qu'il était en détention, l'intéressé a sollicité, le 7 février 2023, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande. M. D a formé un recours contre cet arrêté, encore pendant devant le tribunal, enregistré sous le n° 2401794. Compte tenu des condamnations pénales dont l'intéressé a fait l'objet et par l'arrêté attaqué du 7 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. Par arrêté du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 mars, librement consultable par les parties sur le site internet de la préfecture de la Seine-Maritime, Mme B F, cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, pour les actes relevant des attributions du bureau, les mesures d'éloignement des étrangers, les décisions relatives au délai de départ volontaire, à l'interdiction de retour et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise, en vertu des dispositions précitées, sur le fondement de l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour. Cet arrêté a été notifié le 7 mai 2024 à 10 h 50. Si la décision attaquée a quant à elle été signée le même jour, M. D n'allègue pas qu'elle l'a été antérieurement à la notification de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen, relevé d'office et que M. D doit être regardé comme se l'étant approprié, tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

8. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

9. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet ait préalablement examiné si M. D était en droit de se voir délivrer un titre de séjour ou si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est fondée sur le refus de titre de séjour opposé à la demande de M. D par arrêté du 29 avril 2024. Ce dernier ne fait état d'aucun changement de circonstance depuis cette date qui aurait été susceptible de modifier l'appréciation portée par le préfet au moment de l'édiction, huit jours plus tard, de l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, il ressort des termes de cette décision que le préfet a préalablement apprécié ses conséquences sur la vie privée et familiale de M. D. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 310-3 du code civil : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état ". Aux termes de l'article 311-1 dudit code : " La possession d'état s'établit par une réunion suffisante de faits qui révèlent le lien de filiation et de parenté entre une personne et la famille à laquelle elle est dite appartenir. / Les principaux de ces faits sont : / 1° Que cette personne a été traitée par celui ou ceux dont on la dit issue comme leur enfant et qu'elle-même les a traités comme son ou ses parents ; / 2° Que ceux-ci ont, en cette qualité, pourvu à son éducation, à son entretien ou à son installation ; / 3° Que cette personne est reconnue comme leur enfant, dans la société et par la famille ; / 4° Qu'elle est considérée comme telle par l'autorité publique ; / 5° Qu'elle porte le nom de celui ou ceux dont on la dit issue ". Aux termes de l'article 311-2 du même code : " La possession d'état doit être continue, paisible, publique et non équivoque ".

12. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13. M. D fait valoir que deux enfants, de nationalité française, sont nés de sa relation avec son ancienne compagne. Le préfet remet toutefois en cause ce lien de filiation, en relevant qu'ils portent le nom de cette dernière et qu'il n'est pas mentionné sur leur acte de naissance. L'intéressé ne conteste à cet égard pas ne pas avoir reconnu les deux enfants qu'il déclare comme siens. L'acte de naissance du premier de ses enfants n'est en outre pas produit et celui du second ne le mentionne pas comme père. M. D verse cependant à l'instance des documents justifiant de versements réguliers d'argent à l'aîné des deux enfants alors qu'il était en détention. Il ressort en outre des pièces du dossier que celui-ci lui a rendu visite, accompagné de sa mère, lors des parloirs dont il a bénéficié et en unité de vie familiale. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir une réunion suffisante de faits permettant de constater le lien de filiation allégué, à l'égard des deux enfants, par une possession d'état au sens de l'article 311-1 du code civil, ni même, en tout état de cause, qu'elle puisse être regardée comme continue, publique et non équivoque. Enfin, si l'intérêt supérieur d'un enfant, protégé par les stipulations citées au point 10, peut être utilement invoqué par un étranger à l'égard duquel aucun lien de filiation n'est établi, M. D ne démontre pas que la décision attaquée a pour effet d'affecter de manière suffisamment directe et certaine la situation des enfants de son ancienne compagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance desdites stipulations doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il est constant que M. D vit en France depuis qu'il y est arrivé régulièrement au cours de l'année 1986, alors qu'il était âgé de dix ans. Pendant cette période, il a bénéficié d'une carte de résident valable du 27 novembre 1995 au 26 novembre 2005. Il est également constant que sa mère, titulaire d'une carte de résident permanent, vit en France, ainsi que les six membres de sa fratrie, dont cinq sont de nationalité française et le sixième est pourvu d'une carte de résident. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D dispose encore d'attaches au Maroc. Il indique par ailleurs avoir entretenu une relation sentimentale avec une ressortissante française dont il déclare être actuellement séparé, et contribue à l'entretien et à l'éducation des deux enfants de cette dernière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, entre 2001 et 2008, M. D a fait l'objet de quatre condamnations pénales pour des faits commis entre 1997 et 2002. Il a en particulier été condamné à une peine de douze ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de huit ans, par un arrêt du 17 septembre 2004 de la cour d'assises de la Meurthe-et-Moselle pour des faits de tentative de meurtre commis le 23 mars 2002, puis à une peine de quinze ans de réclusion criminelle pour des faits d'assassinat commis dans la nuit du 16 au 17 janvier 1999, par un arrêt du 7 novembre 2008 de la cour d'assises de la Seine-Maritime. M. D fait en revanche état de son comportement en détention, où il a occupé plusieurs emplois, de manière discontinue septembre 2002 et décembre 2021, et poursuivi plusieurs formations, à l'issue desquelles il a en particulier obtenu, en 2011, un brevet d'études professionnelles " Métiers de la restauration et de l'hôtellerie ". Il produit en outre un document justifiant de l'engagement d'un suivi psychologique en 2011. Un rapport de la directrice du centre pénitentiaire du Havre, établi le 21 juin 2019 à l'attention du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Rouen, relève enfin que si le " dossier disciplinaire fait mention de plusieurs infractions de différentes natures ", le comportement de M. D s'est nettement amélioré, seulement quatre incidents étant à déplorer depuis son arrivée au centre pénitentiaire le 3 septembre 2013. Le préfet produit cependant en particulier trois comptes-rendus d'incident dont a fait l'objet l'intéressé entre les mois de septembre 2020 et décembre 2023, pour des faits de violence, de menace ou de vol, dont il ne conteste pas sérieusement la matérialité, et qui constituent, en détention, des fautes disciplinaires. Il ressort en outre de la fiche pénale versée à l'instance par le préfet que, si M. D a bénéficié de plusieurs réductions de peine entre les mois de juin 2019 et mars 2024, il s'est également vu, sur cette même période, retirer des crédits de réduction de peine par le juge d'application des peines, lors de l'examen des périodes du 2 mai 2020 au 2 mai 2023. Enfin et au surplus, si M. D a reconnu à l'audience avoir commis des erreurs dans sa jeunesse, en s'impliquant dans un réseau de trafic de stupéfiants, ses déclarations ont pu laisser paraître qu'il minimisait, non leur gravité, mais sa responsabilité dans leur commission. Dans ces conditions, en raison de la gravité des faits pour lesquelles M. D a été condamné, fussent-ils anciens, et de la réitération ponctuelle d'un comportement inapproprié en détention, et en dépit du soutien marqué de sa famille et des efforts entrepris en vue de sa réinsertion, le comportement de M. D, qui ne justifie au demeurant pas des perspectives d'insertion professionnelle alléguées à l'audience, doit être regardé constituant une menace pour l'ordre public. Le préfet a dès lors pu, sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. D doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

18. Eu égard à ce qui a été dit au point 15, le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, se fonder sur la circonstance que le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. En tout état de cause, la décision attaquée est également fondée sur l'existence d'un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, en l'absence de garanties de représentation suffisantes, au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif que M. D ne conteste pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 de ce même code doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

20. En deuxième lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

21. En dernier lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'attaches familiales au Maroc pour contester la décision attaquée. Par suite, et en l'absence d'allégations quant à un risque en cas de retour dans ce pays, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

24. M. D ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'aucune interdiction de retour ne soit édictée. En revanche eu égard aux fortes attaches familiales dont l'intéressé dispose en France, décrites au point 15 et dont il est dépourvu au Maroc et alors même que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, le préfet a, en fixant à dix ans la durée de l'interdiction de retour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale. Par suite et dans cette mesure, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

25. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 mai 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français en tant que la durée de cette interdiction est fixée à dix ans.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2024 du préfet de la Seine-Maritime seulement en tant qu'il fixe à dix ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

28. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées au point précédent, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ainsi que, le cas échéant, l'inscription au fichier des personnes recherchées, dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'ils découlent de l'interdiction de retour et dans la mesure de l'annulation prononcée. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à cette suppression, dans les conditions précédemment décrites, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

29. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 7 mai 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée en tant que la durée de cette interdiction est fixée à dix ans.

Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et le cas échéant, à l'inscription au fichier des personnes recherchées dont fait l'objet M. D, dans les conditions fixées au point 28, en tant que la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre a été fixée à dix ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Montreuil et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J. CLa greffière,

P. His

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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