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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402043

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402043

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, M. A B, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à Me Boyle en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Boyle, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal, dès lors qu'il a été signé alors que la décision de la Cour nationale du droit d'asile, relative à sa demande de réexamen de sa demande d'asile, n'avait pas encore été lue en séance publique ou, tout du moins, sans que la date de lecture publique ne soit indiquée dans les motifs de la décision ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il bénéficiait d'une attestation de demandeur d'asile valant, en application de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, autorisation provisoire de séjour ; il n'était pas en séjour irrégulier ;

- il méconnaît l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son droit au maintien n'avait pas cessé ; sa demande d'asile n'a pas fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour le traitement du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 12 août 1988, serait entré en France le 15 novembre 2005 et a, le 21 mars 2007, sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du 12 septembre 2007, confirmée par une décision d'irrecevabilité du 5 décembre 2007 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2007, le préfet de l'Eure lui a refusé le droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Le 22 août 2023, M. B a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 8 janvier 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de faire droit à sa demande. Le 15 mai 2024, l'intéressé a été interpelé à l'occasion d'un contrôle routier. Par l'arrêté attaqué du 15 mai 2024, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 27-2023-329 de la préfecture, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. D C, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. B, mentionnent, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / () 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; () ".

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Pour prendre l'arrêté en litige, le préfet de l'Eure a notamment considéré qu'en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile de M. B étant en procédure accélérée, l'intéressé ne peut se prévaloir de l'effet suspensif prévu en principe par le recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile. Le préfet a précisé qu'en application des dispositions du point b) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 542-3 de ce code, M. B ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire et peut donc se voir refuser le renouvellement de son attestation de demande d'asile ou se la voir retirer.

9. Toutefois, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a, par une décision du 8 janvier 2024, rejeté au fond la demande de réexamen de sa demande d'asile introduite par M. B. Ainsi, le préfet ne pouvait fonder l'arrêté en litige sur les dispositions précitées du point b) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, si le motif retenu dans l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Eure aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les dispositions précitées du point d) de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif dont il doit être regardé comme se prévalant en défense. Le droit au maintien de M. B ayant cessé dès la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 janvier 2024, notifiée le 19 janvier suivant, la circonstance que l'arrêté en litige ait été pris avant que la Cour nationale du droit d'asile n'ait rendu sa décision sur le recours formé par l'intéressé à l'encontre de la décision de l'Office n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité. Ce moyen, ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent dès lors être écartés.

10. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que M. B, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, ne disposait plus du droit de se maintenir en France à compter de la date de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il suit de là que l'intéressé pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions citées au point 10, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il avait formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Enfin, si M. B était titulaire d'une attestation de demande d'asile délivrée le 7 février 2024 par les services préfectoraux, le préfet fait valoir sans être contesté que cette attestation a été délivrée de manière indue, les dispositions de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'autorisant à refuser le renouvellement d'une telle attestation à l'intéressé ou à lui retirer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La magistrate désignée,

D. E

La greffière,

N. Drouilhet

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

nd

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