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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402105

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402105

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMACREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. D C, représenté par Me Macrel, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

M. C soutient que l'arrêté contesté :

- est signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît le principe de respect des droits de la défense ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale normale ;

- méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, et par un mémoire en production de pièces, enregistré le 19 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Macrel, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- et les observations de M. C, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sénégalais, né le 10 février 1984, entré en France l'année de sa naissance par le biais du regroupement familial, a obtenu à sa majorité une carte de résident mention " conjoint ou enfant au titre du regroupement familial " valable du 19 juin 2002 au 18 juin 2012. Il a, en dernier lieu, bénéficié de récépissé de demande, dont le dernier était valable jusqu'au 24 février 2015. Par un arrêté du 12 octobre 2022, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour. Par jugement du 5 octobre 2023, le tribunal a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C après saisine de la commission du titre de séjour. Par arrêté du 12 avril 2024, après avis défavorable de la commission du titre de séjour du 14 décembre 2023, le préfet de l'Eure a rejeté une nouvelle fois sa demande d'admission au séjour. Par l'arrêté attaqué du 23 mai 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, nommé préfet de l'Eure à compter du 23 août 2022 par un décret du 20 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et notamment les articles L. 611-1 3° et 5°, L. 612-2 1° et 3°, L. 612-3 3°, 4° et 8° et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relève notamment les conditions de son entrée et la durée de son séjour en France, qu'il n' a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il présente une menace pour l'ordre, avant de faire référence à sa situation personnelle et familiale. Par suite, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est suffisamment motivé. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, le préfet de l'Eure indique, sans être contesté, que par courrier du 25 avril 2024, notifié le 30 avril 2024, le préfet de l'Eure a informé M. C qu'il envisageait de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et l'a invité à présenter ses observations. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. C aurait été empêché de présenter des observations qui auraient été de nature à ce que la procédure administrative aboutisse à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. C, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. M. C, dont les conditions d'entrée et de séjour ont été rappelées au point n°1, fait valoir être le père de deux enfants nés en 2006 et 2007 de son union avec une ressortissante française. Toutefois, il indique être séparé de celle-ci et n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. M. C allèguent, sans l'établir, que ses frères et sœurs, de nationalité française, résident en française. L'intéressé affirme avoir été scolarisé jusqu'à la terminale et avoir travaillé chez Renault à Cléon. Il établit avoir validé le diplôme en langue française niveau A2 en mars 2021 lors de sa détention. Toutefois, il a été condamné le 6 novembre 2003 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour vol en réunion, le 30 août 2005 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour conduite d'un véhicule sans permis, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 6 septembre 2005, à six mois d'emprisonnement pour dégradation grave du bien d'autrui commise en réunion, le 7 novembre 2005 à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis (récidive) et usage illicite de stupéfiants, le 1er mars 2006 à six mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis (récidive), blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par conduite de véhicule terrestre à moteur et délit de fuite, dénonciation mensongère à une autorité judiciaire ou administratives entraînant des recherches inutiles (complicité), le 18 mai 2006 à un mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants et conduite d'un véhicule sans permis, le 9 octobre 2006 à quatre mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et dégradation grave du bien d'autrui commise en réunion, le 27 août 2009 à trois d'emprisonnement pour refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêté, le 19 janvier 2010, à six mois d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, ouvrage à une personne déposée de l'autorité publique et menace de mort réitérée, le 25 juin 2010 à un an et six mois d'emprisonnement pour arrestation, enlèvement séquestration ou détention arbitraire de plusieurs personnes, le 7 décembre 2010, à un mois d'emprisonnement pour détention sans autorisation d'arme ou munition de catégorie 1 ou 4, le 18 avril 2011 à deux ans d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité (récidive), dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui (récidive), le 20 octobre 2011 à deux mois d'emprisonnement pour rébellion, le 27 février 2015 à trois mois d'emprisonnement pour rébellion (récidive), menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique (récidive), le 8 mars 2016 à un an et six mois d'emprisonnement pour refus par le conduction d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité (récidive), refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime oud élit, refus par le conduction d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique, le 8 décembre 2016 à un mois d'emprisonnement pour violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours (récidive), le 16 octobre 2020, à un an et trois d'emprisonnement pour escroquerie, recel de bien provenant d'un vol, vol aggravé par deux circonstances, vol, le 2 septembre 2021, à six mois d'emprisonnement dont trois mois avec sursis probatoire pendant deux ans pour transport, acquisition, offre ou cession, détention non autorisés de stupéfiants et usage illicite de stupéfiants, le 10 juin 2022 à un an et trois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants (récidive), transport et détention non autorisés de stupéfiants (récidive), le 14 juin 2023 à un an et six mois d'emprisonnement pour vol par effraction dans un local d'habitation ou dans un lieu d'entrepôt, récidive et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitant de catégorie D et recel de biens provenant d'un vol. M. C été écroué le 14 juin 2023 à la maison d'arrêt de Caen puis a été transféré le 18 octobre 2023 au centre de détention de Val-de-Reuil. Le requérant indique avoir été hospitalisé pour des troubles psychiatriques au mois de juin 2024 sans apporter d'éléments permettant de préciser la nature et la gravité des troubles dont il souffre. Dans ces conditions, malgré la durée de séjour de M. C, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Macrel et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

L.FAVRE

La greffière,

Signé :

S. LECONTELa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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