mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2402106, le 29 mai 2024 et le 9 juillet 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, de mettre à la charge de l'État cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que la décision attaquée :
- souffre d'un défaut de motivation ;
- repose sur des faits inexacts et n'a pas été adoptée à la suite d'un examen sérieux de sa situation ;
- repose sur une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 423-21 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II./ Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 2402353, le 14 juin 2024 et le 9 juillet 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, de mettre à la charge de l'État cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
- elle souffre d'un défaut de motivation ;
- elle repose sur des faits inexacts et n'a pas été adoptée à la suite d'un examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
* S'agissant du refus de délai de départ volontaire : elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est irrégulière dès lors que l'obligation de quitter le territoire est elle-même irrégulière ;
- elle souffre d'une motivation insuffisante ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les décisions du 26 septembre 2024 par lesquelles M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les décisions par lesquelles le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,
- et les observations de Me Vérilhac, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, né le 28 septembre 2002, est, selon ses dires, entré pour la dernière fois sur le territoire français en 2015. Il a bénéficié d'un titre de séjour à compter du 9 décembre 2022. Le renouvellement de ce titre a été sollicité le 5 décembre 2023. Par arrêtés du 22 mai 2024 et du 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans aux motifs que M. B présentait une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifiait pas de l'intensité de ses liens avec sa mère, son frère et sa sœur, qu'il n'exerçait pas d'activité rémunérée, qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne remplissait aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ces décisions par deux requêtes qui, ayant fait l'objet d'une instruction commune, doivent être jointes.
Sur les moyens communs aux décisions :
2. En premier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet de l'Eure se serait fondé sur des faits matériellement inexacts.
3. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement alors que la mesure portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas, contrairement à ce que soutient le requérant, à faire l'objet d'une motivation particulière en raison de l'existence d'une protection antérieure contre l'éloignement prévue par la version antérieure des dispositions législatives applicables à l'espèce. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B par le préfet de l'Eure sont donc suffisamment motivées.
Sur le refus de titre de séjour :
4. Il n'est pas sérieusement contesté que M. B a résidé en France entre 2006 et 2012 puis à compter de 2015. L'intéressé a fait l'objet de diverses condamnations à des peines de prison, dont certaines avec un sursis ayant été révoqué, pour des faits d'usage illicite de stupéfiants en récidive, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, conduite d'un véhicule sans permis et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter. Ces faits sont constitutifs d'une menace actuelle à l'ordre public. Si M. B a été scolarisé sur le territoire français durant son premier séjour, puis jusqu'en 2019, et a obtenu un titre de séjour dans l'année ayant suivi sa majorité en application des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne produit en revanche au dossier aucun élément relatif aux conditions de son séjour en France depuis cette période. Notamment, il n'apporte aucun élément relatif aux liens qui auraient été entretenus avec sa famille depuis sa majorité. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément relatif à son insertion sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de l'Eure du 22 mai 2024 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni aux dispositions des article L. 423-21 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus qu'à celles de l'article L. 412-5 de ce code. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
5. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, d'une part, lorsque le droit de l'intéressé d'être entendu est satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire et l'ensemble des décisions susceptibles d'être prises en conséquence du refus alors, d'autre part, qu'une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition devant la commission du titre de séjour du 9 avril 2024, que M. B a été entendu sur sa situation personnelle notamment en ce qui concerne son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches dans son pays d'origine, les raisons et conditions de son entrée en France ainsi que son parcours sur le territoire français. Le requérant a eu ainsi la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer tant sur la décision initiale de refus de séjour que sur la décision subséquente d'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne fût prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.
7. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent écartés pour les motifs énoncés au point 4.
8. En dernier lieu, au regard des éléments dont il a été fait état au point 4, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, adopter la mesure contestée à l'encontre de l'intéressé.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent écartés pour les motifs évoqués au point 4.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 22 mai 2024 et du 12 juin 2024 par lesquels le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. DEFLINNE
Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
2,2402353
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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