vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. A B, représenté par Me Mahieu, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête au fond, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire, de lui verser cette somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en violation du droit à être entendu ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît la jurisprudence Diaby du Conseil d'Etat.
La décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé et méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- les observations de Me Dantier substituant Me Mahieu, représentant M. B, qui soulève un nouveau moyen contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu en ne recherchant pas si M. B bénéficie effectivement du droit d'asile en Grèce, et un second nouveau moyen contre la décision fixant le pays de destination, tiré de la méconnaissance des articles L. 721-3 et L. 721-4 en le renvoyant dans son pays d'origine alors qu'il est demandeur d'asile en Grèce,
- les observations de M. B, assisté d'une interprète en langue arabe, qui déclare qu'il n'a pas été reconnu réfugié en Grèce, et que sa demande d'asile est pendante.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistré le 27 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 15 novembre 1991, serait entré sur le territoire français le 5 mai 2023 muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles. Le requérant a été contrôlé par les services de police le 2 juin 2024 et placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit au séjour et de circulation sur le territoire national. A cette occasion, il n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, et aucun titre l'autorisant à séjourner en France. Par un arrêté du 3 juin 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Les dispositions de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 prévoient que l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement. Ainsi qu'il est dit ci-après, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger M. B à quitter le territoire français sans délai, à fixer le pays de destination, et à l'interdire de retour sur le territoire pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les stipulations de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, de l'accord franco-algérien, et sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 411-1, L. 611-1 1°, L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6. La décision expose la situation personnelle et familiale du requérant, il ajoute que la compagne et les enfants de M. B ne sont pas présents en France avec lui, que depuis son entrée récente sur le territoire il y séjourne irrégulièrement, qu'il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni de ressources légales, qu'il ne prouve pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie d'une interdiction de retour ne soit pas prononcée, et qu'enfin il ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux dispositions citées. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, par un arrêté n°24-015 du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D C directeur des migrations et de l'intégration, pour signer la décision d'éloignement attaquée contenue dans l'arrêté du 3 juin 2024. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
7. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal établi par les services de la police nationale le 3 juin 2024, que M. B a été entendu par ces services dans le cadre de la procédure de retenue administrative dont il a fait l'objet. Le procès-verbal d'audition précité indique que le requérant a été entendu sur sa situation familiale et matérielle ainsi que sur l'irrégularité de sa situation administrative et l'existence de démarches entreprises en vue d'y remédier. Lors de cette audition, réalisée préalablement à l'adoption de la décision contestée, M. B a été interrogé sur son souhait de repartir en Algérie. A cette question, il a répondu qu'il respecterait la loi mais qu'il souhaitait rester en France afin de pouvoir y travailler. En outre, si M. B soutient dans sa requête qu'il bénéficie du droit d'asile en Grèce et qu'il revenait au préfet de le vérifier avant de prendre toute mesure d'éloignement, il n'apporte aucun élément permettant d'établir l'existence d'une telle demande de protection internationale. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été suffisamment avisé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été empêché de faire valoir les informations pertinentes tenant à sa situation administrative et personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit adopté l'arrêté en litige. Dans ces conditions, M. B ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.
9. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le requérant ne peut soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie pas d'une durée de présence significative sur le territoire. Si le requérant se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité et l'intensité de leurs relations. En outre, M. B ne fait état d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire. De surcroit, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Algérie, pays où il aurait vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans, et où se trouvent sa femme et ses enfants. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France du requérant, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision expose que le requérant ne présente aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, et que dès lors il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Dès lors, la décision litigieuse mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
15. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établit par les services de police le 3 juin 2024, que M. B n'est pas en capacité de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, et qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire national depuis l'expiration de son visa. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit au regard des dispositions citées au point précédent. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
16. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 11 et 14 que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
18. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
19. Il résulte de ce qui a été dit au point 8, que M. B ne démontre pas l'existence d'une demande d'asile pendante devant les autorités grecques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet des articles cités au point précédent ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
21. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-6, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
22. Aucun délai de départ volontaire n'ayant été accordé à M. B, le préfet de la Seine-Maritime devait, en principe, assortir l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre du requérant d'une interdiction de retour sur le territoire français. M. B ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'aucune interdiction de retour ne soit édictée. En outre, il ne fait état d'aucune attache en France, alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il n'est pas dépourvu d'attache en Algérie. Dès lors, eu égard au caractère récent de sa présence en France et à la nature de ses liens avec la France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point précédent.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2024 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions soulevées aux fins d'injonction ainsi que celles soulevés au titre des frais liés au litige et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mahieu et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé : C. VAN MUYLDER
Le greffier,
Signé : J-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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03/08/2026