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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402186

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402186

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 juin 2024, M. C A, représenté par Me Denise, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- est entachée d'erreur de fait, s'agissant du risque de fuite ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant son pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Denise représentant M. A qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans la requête et indique que le fils de M. A est né le 26 juin 2024, au Havre ;

- les observations de M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 3 décembre 1993, est entré en France le 2 juin 2023, accompagné de sa conjointe, selon ses déclarations. L'intéressé a fait l'objet d'un contrôle d'identité, le 28 mai 2024, puis a été placé en retenue administrative, dans le cadre d'une procédure ouverte pour conduite sans permis. Par un arrêté du 29 mai suivant, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des débats à l'audience, que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

5. Au cas d'espèce, M. A est entré très récemment en France, le 2 juin 2023, soit moins d'un an avant l'édiction de la décision litigieuse. Il n'est pas soutenu et il ne ressort pas des pièces versées aux débats, que son épouse et compatriote serait en situation régulière sur le territoire national. Ni la circonstance que leur fils, B, né le 30 janvier 2022, était en instance d'inscription en petite section de maternelle pour l'année scolaire 2024-2025 au sein de l'école maternelle Lamartine du Havre, ni la grossesse de Mme E épouse A, dont le terme était prévu le 22 juin 2024, ne sont, par elles-mêmes, de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement, la cellule familiale pouvant se reconstituer en Algérie, pays dont tous les membres possèdent la nationalité. Enfin, si le requérant justifie d'une amorce d'insertion professionnelle dans le domaine de la tôlerie, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, de retenir qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, en lui opposant la mesure d'éloignement litigieuse, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précité.

6. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par M. A, n'est pas établie.

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme D, qui, en sa qualité de cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, disposait pour ce faire d'une délégation de signature octroyée par arrêté du préfet de ce département en date du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 mars, et accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

8. En deuxième lieu, si M. A fait valoir que l'arrêté litigieux est entaché d'erreurs de fait relatives au risque de fuite, il conteste, en réalité, l'appréciation portée par l'autorité administrative sur ce risque. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, au regard des motifs exposés au point n°5 et alors que M. A n'a jamais présenté de demande de titre de séjour de sorte que le préfet de la Seine-Maritime était fondé, pour ce motif, à tenir le risque de fuite pour établi, la décision contestée ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, qui rappelle la nationalité du requérant et indique que celui-ci n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, au regard des motifs exposés au point n°5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

12. En dernier lieu, compte tenu des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse a été signée par Mme D, qui, en sa qualité de cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, disposait pour ce faire d'une délégation de signature octroyée par arrêté du préfet de ce département en date du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 mars, et accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de ladite préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

14. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui rappelle, notamment, que M. A s'est vu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, est suffisamment motivée.

15. En troisième lieu, alors que le refus d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A permettait au préfet de la Seine-Maritime d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, le requérant, dont les conditions de séjour en France ont été rappelées au points n°5, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une telle mesure. En outre, pour les motifs exposés au point n°5, la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté en litige. Ses conclusions formées à cette fin doivent, par suite, être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. BOUVET

Le greffier,

signé

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

No 2402186

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