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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402194

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402194

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juin 2024, M. A D, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 portant assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour, ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser, à titre principal, à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire à lui-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire :

* est insuffisamment motivé ;

* est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il n'a jamais eu notification d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et fixant un délai de départ volontaire ;

* est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il a clairement fait part de son intention de demander un réexamen de sa demande d'asile ;

* est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'une erreur de fait, de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 juin 2024 à 10 h 30, Mme C a présenté son rapport et entendu les observations :

- de Me Bidault, qui dépose une pièce et ajoute que l'éloignement de son client n'est pas une perspective raisonnable ;

- de M. D, assisté de Mme B, interprète en géorgien.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 25 septembre 2023. Par arrêté du 5 juin 2024, le même préfet a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante cinq jours. M. D demande l'annulation des deux arrêtés du 5 juin 2024.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3 Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

5. En premier lieu, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, le préfet établit que le pli contenant l'arrêté du 25 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français a été présenté, le 3 octobre 2023, à l'adresse du requérant connue de l'administration et que celui-ci a été retourné dans les services de la préfecture le 20 octobre 2023 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". L'arrêté du 25 septembre 2023 doit donc être regardé comme notifié le 3 octobre 2023. Le délai de trente jours pour quitter le territoire français imparti à M. D était donc bien expiré lorsque le préfet a pris, le 5 juin 2024, l'arrêté en litige. L'arrêté n'est donc pas entaché d'erreur de droit sur ce point.

7. En troisième lieu, l'arrêté du 25 septembre 2023, devenu définitif à la date du 5 juin 2024 faute d'avoir été contesté par M. D dans le délai de quinze jours mentionné sur ledit arrêté, pouvait servir de base légale à l'arrêté du 5 juin 2024 quand bien même l'intéressé, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 10 octobre 2023 aurait l'intention de solliciter le réexamen de sa demande d'asile. L'arrêté n'est donc pas non plus entaché d'erreur de droit sur ce point.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. M. D n'est présent en France que depuis février 2023. S'il résulte des pièces du dossier qu'un de ses frères et l'épouse de celui-ci ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en France, le requérant a indiqué, lors de son audition, que les membres de sa famille se trouvent en Géorgie et n'a pas fait état de liens particuliers avec son frère et sa belle-sœur. En outre, M. D n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 25 septembre 2023 et n'avait pas sollicité le réexamen de sa demande d'asile à la date de l'arrêté critiqué. Par suite, et même si M. D ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime qui était tenu, en l'absence de circonstances humanitaires qui ne ressortent pas des pièces du dossier, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en édictant une telle décision avec une durée d'un an.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. D a bien fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et dont le délai de départ volontaire est expiré. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation à avoir retenu l'expiration du délai de départ volontaire ne peuvent qu'être écartés.

12. Enfin, la circonstance, soulevée lors de l'audience, que M. D aurait l'intention de solliciter le réexamen de sa demande d'asile ne suffit pas à permettre de considérer que son éloignement n'est plus une " perspective raisonnable ".

Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi :

13. Ni la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ni celle portant assignation à résidence ne fixent de pays de destination, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi ne peuvent être que rejetées.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. D doivent être rejetées, de même que celles aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La magistrate désignée,

A. CLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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