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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402195

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402195

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A... contestant la décision de l'OFII du 1er mars 2024 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, et a substitué le fondement légal de la décision, retenant que le requérant avait refusé une proposition d'hébergement au sens de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, M. D... A..., représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 1er mars 2024 par laquelle le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a mis fins aux conditions matérielles d’accueil dont il bénéficiait ;

2°) d’enjoindre à l’OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ;

3°) d’enjoindre à l’OFII de lui verser l’intégralité de l’allocation demandeur d’asile pour la période allant du 1er février 2024 au rétablissement du versement de cette allocation ;

4°) de mettre à la charge de l’OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par un signataire incompétent ;
- elle est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen attentif de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que n’ayant pas été assisté d’un interprète au moment de la notification de la proposition d’hébergement, il n’a pas été en mesure de trouver le centre d’hébergement de Doullens ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2025, l’OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.



Par un courrier du 26 novembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de la substitution d’office des dispositions du 2° de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à celles du 2° de l’article L. 551-16 de ce code.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mai 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Bellec.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., né le 2 mai 1999, de nationalité bangladaise, est arrivé en France le 20 janvier 2024 selon ses déclarations. Le 1er février 2024, il a déposé une demande d’asile à la préfecture de la Seine-Maritime et s’est vu octroyer le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par une décision du 1er mars 2024, dont M. A... demande l’annulation, le directeur territorial de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d’accueil.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, M. B... C..., directeur territorial de l’OFII à Rouen, a reçu délégation en vertu de la décision du directeur général de l’OFII du 21 juin 2023, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l’intérieur librement accessible sur le site internet de l’OFII, à l’effet de signer, dans le cadre des instructions qui lui sont données et dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant, notamment, aux missions dévolues à la direction territoriale de Rouen. Le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont elle fait application, précise que la cessation des conditions matérielles d’accueil est prise au motif que M. A... a refusé une proposition d’hébergement le 1er février 2024. La décision en litige, qui n’a au demeurant pas à faire référence aux circonstances ayant conduit au refus de la proposition d’hébergement, comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision contestée doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A... a bénéficié d’un entretien de vulnérabilité le 1er février 2024 avec l’assistance d’un interprète en langue bengali, langue qu’il a déclaré comprendre. Dès lors, le moyen tiré de ce que l’OFII n’aurait pas procédé à un examen attentif de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : « Les conditions matérielles d’accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : (…) / 2° Il refuse la proposition d’hébergement qui lui est faite en application de l’article L. 552-8 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 551-16 du même code, dans sa version applicable au litige : « Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : (…) 2° Il quitte le lieu d’hébergement dans lequel il a été admis en application de l’article L. 552 9 ; (…) /. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (…) ».
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d’accueil initialement proposées au demandeur d’asile ne comportent pas encore la désignation d’un lieu d’hébergement, dont l’attribution résulte d’une procédure et d’une décision particulières, le refus par le demandeur d’asile de la proposition d’hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d’accueil entrant dans le champ d’application de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et non comme un motif justifiant qu’il soit mis fin à ses conditions relevant de l’article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d’accueil qui lui avaient été proposées.
7. Il ressort des pièces du dossier que l’OFII a mis fin, par la décision litigieuse du 1er mars 2024, aux conditions matérielles d’accueil de M. A..., sur le fondement de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, au motif que le requérant a refusé une proposition d’hébergement, qui lui a faite le 1er février 2024. Un tel motif qui n’est pas assimilable à un départ du lieu d’hébergement mais à un refus d’accepter l’offre d’hébergement n’entrait pas dans le champ des dispositions de l’article L. 551-16 précité mais dans celui de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8. Toutefois, lorsqu’il constate que la décision attaquée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur un autre fondement que le texte dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assorti le fondement sur lequel la décision aurait dû être prononcée. En l’espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile lesquelles peuvent être substituées à celles de l’article L. 551-16 du même code, dès lors, d’une part, que l’OFII pouvait, en application de l’article L. 551-15 dudit code, refuser à M. A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, d’autre part, que cette substitution de base légale n’a pour effet de priver l’intéressé d’aucune garantie et, enfin, que l’administration disposait du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’une ou l’autre de ces deux dispositions. Dès lors, il y a lieu de substituer les dispositions du 2° de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à celle de l’article L. 551-16 de ce code. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
9. Pour mettre fin aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficiait M. A..., l’OFII s’est fondé sur la circonstance que ce dernier a refusé, par un courrier du 1er février 2024, la proposition d’hébergement dans un centre d’hébergement à Doullens faite le 1er février 2024.
10. Le requérant soutient qu’il a pris le train pour Amiens le 2 février 2024 afin de rejoindre le centre d’hébergement mais qu’il n’a pas trouvé le centre d’hébergement de Doullens du fait de l’absence d’un interprète lors de la notification de la proposition d’hébergement et en l’absence de toute information sur le trajet afin de se rendre dans ce centre. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que l’OFII a notifié, le 1er février 2024, à M. A... le lieu de son centre d’hébergement, qu’il a accepté dans un premier temps, avant de finalement le refuser le même jour, par un courrier dépourvu d’ambiguïté signé de M. A... et que l’OFII produit à l’appui de son mémoire en défense. M. A... n’apporte aucune preuve à l’appui de ses allégations selon lesquelles il aurait tenté malgré tout de rejoindre son lieu d’hébergement. Enfin, M. A... ne soutient pas être dans une situation de vulnérabilité. Dès lors, en mettant fin aux conditions matérielles d’accueil de l’intéressé, l’OFII n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d’erreur manifeste d’appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et ses conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., à Me Bidault et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
Mme Delacour, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.


Le rapporteur,
Signé
C. Bellec

La présidente,
Signé
C. Galle


La greffière,

Signé

A. Hussein


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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