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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402206

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402206

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2024, Mme C F, représentée par Me Languil demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 du préfet des Pyrénées Orientales portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'elle n'a pas été correctement informée des délais de recours lesquels ne peuvent pas être de quarante-huit heures ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

*a été prise par une autorité incompétente ;

* est entachée d'erreur de droit car le fait qu'elle ait fait l'objet d'une condamnation pénale ne peut caractériser une menace suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société ;

* est entachée d'erreur d'appréciation pour le même motif ;

- le défaut de départ volontaire :

* émane d'une autorité incompétente ;

*doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est entachée d'erreur d'appréciation car le fait qu'elle ait fait l'objet d'une condamnation pénale ne peut caractériser une menace suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français :

* émane d'une autorité incompétente ;

* doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est entachée d'erreur d'appréciation.

Le préfet des Pyrénées Orientales a produit des pièces en défense, enregistrées le 10 juin 2024.

Vu :

- la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 juin 2024, Mme D a présenté son rapport et entendu les observations de :

- Me Languil, pour Mme F ;

- Mme F, assistée de Mme B, interprète en italien.

Considérant ce qui suit :

1.Par arrêté du 7 mars 2024, le préfet des Pyrénées Orientales a obligé Mme C F alias A E, ressortissante italienne, à quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI () ". Aux termes de l'article L 614-6 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ".

5. Il résulte des pièces produites par le préfet des Pyrénées Orientales que l'arrêté du 7 mars 2024 a été notifié à Mme F le 18 mars 2024 avec l'assistance d'une interprète en langue italienne et qu'il comportait la mention des délais de recours rappelés au point 4 du présent jugement.

6. Aux termes de l'article 27 de la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres : " 1. Sous réserve des dispositions du présent chapitre, les États membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union ou d'un membre de sa famille, quelle que soit sa nationalité, pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique () ". Aux termes de l'article 30 de la même directive :" 1. Toute décision prise en application de l'article 27, paragraphe 1, est notifiée par écrit à l'intéressé dans des conditions lui permettant d'en saisir le contenu et les effets. 2. Les motifs précis et complets d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique qui sont à la base d'une décision le concernant sont portés à la connaissance de l'intéressé, à moins que des motifs relevant de la sûreté de l'État ne s'y opposent. 3. La notification comporte l'indication de la juridiction ou de l'autorité administrative devant laquelle l'intéressé peut introduire un recours ainsi que du délai de recours et, le cas échéant, l'indication du délai imparti pour quitter le territoire de l'État membre. Sauf en cas d'urgence dûment justifié, ce délai ne peut être inférieur à un mois à compter de la date de notification ". Le délai qui ne peut être inférieur à un mois visé par ces dispositions n'est pas le délai de recours mais le délai imparti pour quitter le territoire de l'Etat membre. Ainsi, les dispositions précitées de la directive du 29 avril 2004 ne font pas obstacle, contrairement à ce que soutient Mme F, à ce qu'un délai de quarante-huit heures soit imparti pour contester une obligation de quitter le territoire. De même, l'article 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lequel " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision./

L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel " n'y font pas non plus obstacle, pour le même motif.

7. Il résulte des éléments rappelés au point 5 du présent jugement que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme F, introduites le 8 juin 2024 devant le tribunal administratif de Rouen, soit bien au-delà du délai de quarante-huit heures à compter de leur notification, sont tardives. Si Mme F a également soutenu, lors de l'audience, que l'arrêté du 7 mars 2024 lui a été notifié alors qu'elle était détenue, ce qui rend plus compliqué la saisine d'un tribunal, elle n'a apporté aucun élément concret de nature à expliquer un dépassement de plus de deux mois du délai imparti. Les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 mars 2024 doivent, dès lors, être rejetées. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de Mme F aux fins qu'une somme soit mise à sa charge sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à Me Anaëlle Languil et au préfet des Pyrénées Orientales.

Lu en audience publique le 11 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

A. DLa greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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