mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | AUDRA-MOISSON STEPHANIE |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 8 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de Mme B E.
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Rennes et le 8 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Rouen, Mme B E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe son pays de destination et l'interdit de retour pendant cinq ans sur le territoire français.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il n'a pas été précédé d'un examen complet et approfondi de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne représente pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 11 juin 2024 à 13 h30, Mme C a présenté son rapport et entendu les observations :
- de Me Audra-Moisson , qui évoque le parcours de Mme E, sa vie privée et familiale, son état de santé, sa possibilité d'être hébergée à Nevers, les efforts accomplis en détention pour se former et critique également la durée de l'interdiction de retour ; en réponse à une question de la magistrate désignée, elle indique n'avoir pas de documents complémentaires à fournir ;
- de Mme E, qui s'exprime en français.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté attaqué du 24 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé Mme E, ressortissante serbe née en 1987, à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et prononcé à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
2. En premier lieu, Mme D A, adjointe à la cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, avait reçu délégation du préfet d'Ille-et-Vilaine pour signer l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 24 mai 2024, par arrêté du 24 avril 2024. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne résulte pas de la lecture de l'arrêté litigieux, qui rappelle la date d'entrée en France de Mme E (1995), les titres de séjour qu'elle a obtenus, ses nombreuses condamnations pénales, son état de santé, les caractéristiques de sa vie privée et familiale, qu'il aurait été pris sans être précédé d'un examen complet et approfondi de sa situation personnelle. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Il résulte des pièces du dossier que Mme E, entrée en France en 1995, a été condamnée en 2009 à 1 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, puis à 1 mois d'emprisonnement avec sursis pour détention non autorisée de stupéfiants, puis à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de violence commis en réunion suivis d'incapacité n'excédant pas 8 jours et enfin à 12 ans d'emprisonnement pour des faits de torture ou acte de barbarie en réunion, destruction du bien d'autrui commise en réunion, menace ou acte d'intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou se rétracter. En 2010, elle a été condamnée à trois mois d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, et usage illicite de stupéfiants en récidive, en 2011 à 4 mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, en 2020 à un an d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivis d'incapacité n'excédant pas 8 jours, en 2023 à cinq mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances. Eu égard à la gravité et à la multiplicité des faits commis sur une période de 16 ans, le préfet a pu légalement obliger Mme E à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions citées au point 4 au regard de la menace à l'ordre public que constitue son comportement.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
7. Il résulte des pièces du dossier que Mme E est entrée en France en 1995 avec ses deux frères, à l'âge de 8 ans, qu'elle a d'abord vécu chez ses grands-parents avant d'être admise à l'aide sociale à l'enfance en raison de l'attitude de son grand-père. Il en résulte aussi qu'elle a bénéficié, par le passé, de titres de séjour mais en est toutefois dépourvue depuis plusieurs années. L'intéressée est célibataire, n'a pas d'enfants et malgré la longue durée de sa présence en France ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Lors de son audition du 16 décembre 2023, Mme E avait déclaré vivre de la mendicité et habiter avec un groupe dans un parking. Elle n'établit pas avoir conservé des liens avec sa famille en France, notamment ses deux frères. S'il a été soutenu lors de l'audience qu'elle pourrait être hébergée chez une amie à Nevers et qu'elle pourrait trouver un travail compte tenu des formations suivies en prison, elle n'en a pas apporté le moindre élément de preuve. S'agissant de son état de santé, elle a indiqué, lors de son audition, avoir un traitement pour les " émotions " et être poly-toxicomane mais n'a ni établi ni même indiqué que cette situation ne pourrait pas être éventuellement prise en charge dans son pays d'origine. En outre, comme dit supra, Mme E représente une menace pour l'ordre public. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et même si Mme E a indiqué ne pas être retournée en Serbie depuis 2003 et ne pas parler couramment le serbe, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public " et aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. D'une part, Mme E faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet était tenu de prononcer à son égard une interdiction de retour sur le territoire français, en l'absence de circonstances humanitaires y faisant, en l'espèce, obstacle. D'autre part, même si Mme E est présente en France depuis de très nombreuses années et n'a jamais fait l'objet par le passé d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet ne peut être regardé eu égard à la menace pour l'ordre public qu'elle représente, à son absence de liens familiaux actuels démontrés en France et à ses conditions d'existence, comme ayant fait une application inexacte des dispositions de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Lu en audience publique le 11 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
A. C
La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet d'Ille et Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026